• taliouine - le camping
    TALIOUINE

    11,12,13,14,15 Février 2009 :

    Direction Taroudant par la route verte 108, les paysages de montagnes de l'Anti Atlas nous laissent sans voix, nous roulons à trente à l'heure pour admirer le spectacle sur une route en excellent état et quasiment sans circulation. La montagne plissée jaune d'un côté sur laquelle est posée à même le sol une canalisation d'eau qui suit donc le relief. De l'autre côté, de la pierre noire volcanique sur laquelle broutent les troupeaux de chèvres et moutons. Nous nous arrêtons pour le plaisir des yeux et pour quelques photos. Nous entendons chanter, c'est un berger qui, se croyant seul, au loin la haut dans la montagne, hurle à tue tête son chant qui, porté par l'écho, nous arrive comme si le chanteur était à côté de nous. Nous passons à proximité des mines à ciel ouvert de nickel d'Irhtem où un village créé de toute pièce vit sous la poussière et isolé du monde.

    Nous passons les cols de Tizi-n-Timlaine (1190m) et de Tizi-n-Taguergoust (1640m) et entamons la descente vers Tazenakht. La circulation devient de plus en plus importante, les gens descendent des douars perdus dans la montagne, vers la ville car c'est jour de marché, comme nous l'indique un vieux villageois emmitouflé dans sa djellaba que nous avons pris à bord alors qu'il faisait du stop assis sur un caillou. Nous le déposerons après moult remerciements aux abords du souk. Nous retrouverons la route nationale 8 en moins bon état que la régionale précédente. Nous surferons sur les sommets de l'Anti Atlas à 1650 et 1886 mètres mais tout de même dominés par le Siroua à notre droite qui pointe à 3304 mètres avant d'atteindre la capitale du safran : Taliouine. Blottie dans un écrin de verdure parmi les arganiers, les oliviers et les amandiers en fleurs. Entourée par les montagnes plissées. Ecrasée par le Siroua. Arrosée par l'oued Asif Iriri. Noyée sous un ciel bleu pur. Illuminée par un soleil chaud de printemps, qui déverse une lumière blanche sur les fleurs multicolores tapissant les jardins qui s'étalent jusqu'à la rivière. C'est ainsi que nous découvrons cette petite ville depuis notre camping en étages « le Toubkal ».



     

    taliouine - apéro avec e. & c. goldingas et les mamours - 2

    Nous nous y sentons bien, tellement bien que nous y resterons cinq jours alors quelle n'était au départ d'Agdz, qu'une étape sur la route de Taroudant .Chaque jour est un plaisir que nous dégustons un peu égoïstement, loin des soucis que nous avons laissés derrière nous. Nous sommes immergés dans notre monde sans journaux, sans télévision, sans radio, sans montre, sans projet pour demain, vivant au jour le jour, aux grés du temps et de nos envies. Nous restons en contact avec ceux que nous aimons par téléphone, messagerie et internet. Nous nouons des contacts éphémères ou durables avec des gens de rencontre. Echangeons nos points de vue de voyage, les bons plans et les autres. Nous visitons tout ce que nous souhaitons. Nous lisons et écoutons de la musique. Broderie, crochet pour l'une, dessin pour l'autre. Nous irons voir ailleurs avant que l'ennui ne s'installe, c'est facile le camping car !

    Ici, toute la vie tourne autour de la petite fleur bleue qu'il faut cueillir à l'aube, avant que le soleil ne sèche sa corole. La poudre jaune est récoltée sur les étamines de la fleur. Ce travail long et fastidieux est effectué à la main, par les femmes d'où le prix très élevé de cette épice utilisée dans la gastronomie mondiale. Groupées en coopérative elles commercialisent environ 60% de la production nationale du safran qui est de l'ordre de quatre cent kilos .Dans chaque restaurant de la région il est difficile d'échapper au safran qui est présent de l'entrée jusqu'au dessert.

                                                                                                            TAROUDANT

    16 Février 2009 :


    C'est par très beau temps que nous quittons un peu à regret ce beau camping de Taliouine après avoir salué nos voisins, un couple de vosgiens dont le monsieur est resté couché (façon d'écrire) deux jours ,malmené par la turista malgré les bons soins d'Evelyne, autre voisine au don (affiché sur son camping-car) de « magnétiseuse » qui a apposé ses mains sur le ventre gargouillant. Le trajet jusqu'à Taroudant s'est fait par une route régionale parallèle à la N8 qui nous a permis de longer l'oued Sous, autre fleuve qui prend sa source dans l'Atlas et se jette dans l'atlantique vers Agadir. Nous traversons la grande région maraîchère de la Tanguerfa où des tapis de fleurs de toutes les couleurs inondent les plantations et les forêts d'arganiers. Nous arriverons en fin d'après midi sous les remparts de Taroudant où nous stationnerons pour la nuit. Nous n'avons pas trouvé le camping que nous cherchions avant la ville aussi avons-nous rejoint le troupeau sur les parkings mis à disposition par la ville en l'absence de vrai camping.



     

    taroudant - en ville - 2

     Taroudant, enfermé dans ses remparts, accessible par plusieurs portes, est une ville qui ne présente pas de caractéristique particulière, nous nous sommes promenés dans son souk couvert et dans les rues encombrées où grouille une vie pareille aux autres villes marocaines. Nous avons également découvert la ville extra muros à la tombée de la nuit et avons fait demi tour pour rejoindre notre camion tant il n'y a rien à voir.

                                                                                                          AGLOU PLAGE

    17,18,19,20,21 Février 2009 :



    C'est un voisin de Taliouine qui nous a recommandé « Aglou Plage », le camping en bord de mer au sud d'Agadir. Après un passage chez « Marjane » à Agadir pour faire les courses de la semaine où nous aurions pu vendre notre camion sur le parking du supermarché, un couple de résidents français au Maroc recherchait ce model de camping car. Nous avons quitté la ville de béton pour prendre la route du sud. Par la route nationale 1, nous rejoignons Tiznit distante de cent dix kilomètres environs, puis nous piquerons à droite sur Aglou Plage, le camping en étages étant à l'entrée du village. Nous nous installons près du mur qui donne sur l'océan. La vue est belle et le bruit des rouleaux qui viennent mourir sur la plage nous bercera tout au long de la petite semaine que nous passerons ici. Il fait trente degrés malgré le vent qui souffle régulièrement, bonjour les coups de soleil que nous n'avons pas sentis venir. Un employé du camping me sollicite pour acheter nos deux vélos, à l'arrière du camion. D'un air triste, il m'explique qu'il a deux enfants, ceux-ci font six kilomètres par jour, à pieds, pour se rendre à l'école. J'ai beaucoup de mal à lui répondre « non » tant je comprends son besoin, mais ma bicyclette étant un cadeau de mes enfants, je ne suis pas disposé à la vendre. Il comprend mais me demande de réfléchir et de lui donner une réponse définitive avant mon départ, ouakha !

    Dans le soleil couchant, nous admirons le balai des ailes volantes s'élançant de la falaise qui domine la ville pour se poser sur le sable de la plage. Le lendemain nous irons barboter dans les rouleaux de l'océan, il n'est pas question de se baigner tant le courant est important, seuls quelques surfeurs se battent contre le flot pour monter sur la bonne vague qui les ramènera sur la plage. Deux dromadaires viendront « prendre les eaux » à Aglou, se rouler dans le sable mouillé et se tremper les pattes dans les vagues, spectacle incongru qui amusera les touristes que nous sommes. Un peu de sport pour terminer une belle et chaude journée.

    Le troisième jour nous attendons avec quelques habitués le bus qui nous mènera à Tiznit pour une visite de la ville. L'antiquité qui se présentera devant nous a déjà vécue plusieurs vies, le capot moteur reste ouvert, probablement afin d'améliorer le refroidissement. La porte arrière par laquelle nous montons est actionnée à la main par un employé, une corde sert à l'ouverture, un coup de pied à la fermeture. Le nuage noir vomis par le pot d'échappement au démarrage nous bouche la vue vers l'arrière. Certes, nous ne sommes pas plaqués à notre siège mais les vibrations nous font vibrer de la tête aux pieds. Nous traversons plusieurs villages par une route goudronnée qui ne dépasse pas un mètre cinquante de large, aussi, chaque fois que nous croiserons un véhicule, le chauffeur devra rouler dans les champs qui bordent celle-ci. Au retour ce sera le contraire, en fait, une règle de « bonne conduite » a été établie ainsi, elle est respectée par tous (enfin presque !).Nous débarquerons au terminus en face de la mosquée, place « El Mansour » le vainqueur, pour ceux que cela intéresse, (suivez ma pensée !). Nous déambulerons dans le souk couvert, il n'y a pas la foule habituelle car nous sommes vendredi, jour de prière. Au Maroc, tout se ressemble, les villes, les douars, les souks et ce qu'on y vend. Pour mon compte, je n'ai plus d'attrais pour ce spectacle. Je préfère de beaucoup les paysages incomparables de ce pays, ils changent toujours, du nord au sud, d'est en ouest, du matin au soir, sous le soleil ou sous la pluie, les montagnes, les plaines, les forêts, les oueds, les cascades, la végétation, le désert, la mer et l'océan, les Berbères, les Arabes, les Rifains.... Les yeux grands ouverts j'admire sans me lasser ce pays magique et j'aime son peuple spontané, accueillant et gentil de nature.

    Nous passerons l'après midi du samedi sur la plage les pieds dans l'eau et marcherons jusqu'aux rochers de granit rose qui abritent du regard des promeneurs, des filles qui se baignent en djellaba. Les voiles commencent à tomber mais combien de temps faudra t'il encore avant de voir le reste suivre ? Nous avons rencontré en ville, des jeunes filles, magnifiques, cheveux au vent, elles ont été insultées par un homme qui les croisait, probablement parce qu'elles ne portaient pas le voile.
    Nous rentrerons au camping avec le vent qui s'est levé, un employé court après des chiens errants qui s'y sont faufilés afin de visiter les poubelles.

                                                                                                                SIDI IFNI

    22 Février 2009 :


    Il fait très beau encore aujourd'hui et il fait trente et un degrés, nous avons projeté de pousser encore plus au sud vers Sidi Ifni et ensuite les Plages Blanches. Avant de quitter Aglou Plage, j'ai rencontré Mohamed qui me relance pour les vélos, je lui confirme mon refus de les vendre, il me sourit et dit : « Ma kayine Mouchkil » d'un air triste (il n'y a pas de problème !) et il s'en va la tête dans les épaules. Le cœur serré, je monte dans le camion et Jo met cap au sud. Nous longerons la côte par la R104, c'est une route magnifique bordée par les collines fleuries de jaune et de mauve d'un côté et les rochers de l'autre. Les maisons sont maintenant blanches et bleues un peu comme les villages Grecs que l'on voit sur les cartes postales. L'océan est vert émeraude et bleu, barré de blanc par les rouleaux poussés par le vent. Plus on avance et plus le vent souffle fort, il lève le sable, les papiers et sacs en plastique. En approchant de Sidi Ifni le soleil est voilé par la poussière de sable en suspension dans l'air. Le camping est plein, nous nous mettrons à l'abri vers les sanitaires à l'entrée, le gérant nous explique que depuis trois jours le vent de sable souffle et les campings cars remontent vers le nord. La météo n'est pas optimiste et annonce encore du vent pour la semaine. Nous n'irons donc pas aux Plages Blanches et repartirons demain vers Tafraoute comme nous l'ont conseillé Guy et Carmen quand nous étions à Marrakech. En attendant nous visiterons cette ancienne ville espagnole qu'est Sidi Ifni et dont il reste quelques bâtiments de style dont l'église perchée sur la falaise, décapitée de sa croix , une place avec fontaine et bancs en faïence, les plaques de rues portent encore des noms espagnols. Nous reviendrons par la plage de galets, encombrée de détritus de toutes sortes, en longeant la falaise jusqu'au camping. Il ne fait pas chaud une fois le soleil basculé dans l'ouest. Nous passerons la nuit dans le sable.

                                                                                                       TAFRAOUTE

    23 Février 2009 :


    Nous quitterons Sidi Ifni dans le vent de sable et rejoindrons Tiznit pour prendre la R104 en direction de Tafraoute capitale de la babouche berbère. Celle-ci part à l'assaut de l'Anti Atlas et serpente dans des tapis de fleurs blanches, jaunes, violettes, c'est d'une beauté rare. Des ravins bordent la route que Jo ne quitte pas des yeux, impressionnée qu'elle est par le vide. Plus on monte et plus le regard porte au loin, nous mesurons à l'œil le chemin parcouru, la route en bas n'est plus qu'un filet gris, le vent nous accompagne toujours mais il n'y a plus de sable. Nous traversons des petits douars accrochés dans la montagne et croisons des mules y portant l'eau. Les bergers nous saluent, nous passerons le col du Kerdous à 1100 mètres d'altitude et nous nous arrêterons au sommet pour quelques photos. Le point de vue est splendide dans le soleil, un véhicule s'arrête à notre hauteur il a remarqué notre plaque d'immatriculation, c'est un ancien mineur de Forbach revenu au pays après la fermeture du bassin houiller. Plus nous approchons de Tafraoute plus la montagne change pour n'être plus qu'un amas de rochers rouges posés les uns sur les autres dans un équilibre précaire. Le camping est plein, nous trouvons une petite place pour y stationner en attendant mieux.

    24 Février 2009 :

    C'est une très belle journée qui s'annonce mais le camping est saturé et les campings cars arrivent encore. Ceux-ci sont dirigés vers un second camping aux abords de la ville et qui s'étend allègrement à l'extérieur jusqu'aux rochers. La ville se prépare à la fête des amandiers qui se déroulera de vendredi à dimanche prochain. Un programme de développement de la production des amandes dans la région est déployé par « le ministère de l'agriculture et des pêches maritimes ». Le ministre, originaire de Tafraoute y est attendu pour l'inauguration. Une route est en construction à l'entrée de la ville, payée des propres deniers du ministre, dixit son neveu gérant du second camping. Vu l'état d'avancement des travaux et des moyens mis en œuvre, je doute fort que celle-ci soit prête en temps et en heure. La suite me prouvera le contraire. En attendant, nous visitons la ville bordée de petites palmeraies et nous traversons les petites rues où se suivent une multitude de petits ateliers de fabrication de babouches. Nous jetons notre dévolu sur un petit commerçant rondouillard et rigolard qui a bien voulu s'intéresser à nous. Grand bien lui en a pris car nous lui en avons acheté vingt paires pour lesquelles, après une âpre négociation il nous a fait son meilleur prix. Nous nous rendrons compte par la suite, que le camping les proposait moins chères encore, nous nous sommes fait rouler encore une fois. Cela ne nous empêchera pas de dormir.

    25 Février 2009 :

    Le soleil est encore avec nous aujourd'hui, des places ce sont libérées et nous pouvons nous installer plus confortablement près du mur. Nous sommes près de l'accueil et la wifi est accessible de notre camion, ainsi nous pourrons visiter notre messagerie et communiquer en vidéo avec la sœur de Jo. Un coiffeur fait le tour des campings car et j'en suis pour une coupe d'été, assis sur une chaise de camping entre deux camions.

    26 Février 2009 :

    La pluie a débarqué cette nuit, elle sera présente toute la journée et nous ne sortirons pas du camion.

    27 Février 2009 :

    Le soleil est revenu mais il fait frais. Nous retournons à Tafraoute, chez notre marchand de babouches pour échange d'une paire qui déteint, avec la ferme intention de passer une bonne « engueulade » à celui qui m'a possédé. Manque de chance, c'est son père, un « chibani » au regard absent, qui, après nos explications, disparaîtra dans le plafond de son échoppe, dont nous verrons tomber plusieurs paires de godasses. Il réapparaîtra quelques instants plus tard avec la paire qu'il nous échangera sans rechigner. Le rondouillard reviendra derrière son comptoir et son bon sourire me coupera tous mes moyens et nous repartirons avec deux paires de pompes supplémentaires.

    Un passage par la route en construction pour me rendre compte que les travaux, malgré une certaine avancée, étaient loin d'être en phase d'achèvement, ils ne seront certainement pas terminés pour dix sept heures, heure prévue de l'arrivée du convoi ministériel. Nous rencontrerons un couple de camping caristes de Méziré (90), venus également pour la fête.
    Nous retournons au camping pour déposer nos achats et vers seize heures retournons en ville pour l'inauguration et le début des festivités. A ma grande surprise, bien que pas terminée, la route a été goudronnée et quelques ouvriers balancent du gravier à la pelle sur le goudron encore fumant. Interdite à la circulation, tout le monde passe par les côtés, elle sera ouverte à l'heure, je n'ose imaginer l'état des véhicules officiels et de la route après leur passage.

    Nous sommes aux premières loges pour voir débarquer la délégation officielle. Le ministre coupera le ruban marquant ainsi le début des festivités .L'armée et la gendarmerie royale sont omniprésentes et Monsieur le ministre fait le tour des tentes berbères, montées pour la circonstance Il découvrira les productions locales, présentées par des femmes en habits traditionnels. Il admirera ainsi les tapis, les broderies, il gouttera l'huile d'argan, les amandes, il revêtira une djellaba, fabriquée et présentée par une coopérative féminine sous les applaudissements et les youyous d'admiratrices empressées. Sur une scène dressée devant un parterre de chaises vides pour l'instant, un groupe de musiciens maliens tente de faire monter l'ambiance, la fête peut commencer.

    28 Février 2009 :

    Il y a de la brume sur les montagnes de pierres. Nous reprenons la route de la ville pour assister à la suite des festivités. Sur la grande place, une cinquantaine de berbères en tenue de cérémonie est alignée. Djellaba blanche, turban blanc, babouches jaunes, poignard au côté, la scène est magnifique. Sous la direction d'un maître survolté, les tambours résonnent et les chants dont le refrain est repris en chœur par les danseurs mettent la troupe en mouvement. Ils feront plusieurs fois le tour de la place en sautillant. La majorité des danseurs sont des anciens, leur visage est beau, digne, empreint de sérénité puisée dans la foi. La danse et la musique leur apportent une joie et une paix qui transparaissent. L'un d'eux dit à Jo qu'il sera heureux de la retrouver au paradis.

    Nous nous promènerons l'après midi dans les rochers, que j'escalade avec une joie enfantine. La vue sur la vallée est superbe car tout est en fleur. Le silence est impressionnant. Nous discuterons avec les gendarmes postés juste à l'entrée du camping, ils nous offrirons gentiment le thé. L'un d'eux se souvient de m'avoir rencontré à Tiznit. Depuis que nous sommes au Maroc, nous avons rencontré beaucoup de gendarmes sur notre route, ceux-ci ont toujours fait le maximum pour nous aider avec professionnalisme et gentillesse, ils respectent les touristes que nous sommes, je les respecte pour ce qu'ils représentent.

    1er Mars 2009 :

    Aujourd'hui, dimanche, le temps est magnifique, nous passons la matinée au nettoyage du camping car, aux vidanges et aux pleins car nous reprendrons la route demain pour Marrakech. Nous irons en ville l'après midi mais la guinguette a fermé ses volets et les petits commerces sont également fermés. Nous ferons une grande promenade dans les jardins le long de la montagne et rentrerons au camping à la nuit tombante. Les paysages de Tafraoute sont particulièrement admirables. Cet endroit respire la paix, c'est avec regret que nous partirons mais il faut bien partir un jour.

                                                                                                               MARRAKECH

    02, 03 mars 2009


    Tafraoute est maintenant derrière nous, la nostalgie s'installe, j'ai l'impression de laisser un peu de moi dans cette région magnifique, c'est la magie du voyage. Par une petite route qui serpente dans l'Anti Atlas, la R 105 et sous un beau soleil printanier, nous avançons vers Agadir. Des hauts sommets de chaque côté, dont le Jbel Lekst qui cache sa tête dans les nuages, là haut, à plus de 2000 mètres, ses flancs éclairés par le soleil dévoilant des petits douars accrochés dans les rochers. Les genêts dorés au milieu d'un tapis de petites fleurs mauves, un troupeau de chèvres, les forêts d'arganiers, nous ne savons plus où poser les yeux tant le paysage est changeant. La route monte raide mais nous sommes dans un paradis de verdure et de fleurs. Nous croisons des femmes cachées sous le voile courant derrière leurs bourricots, un chargement d'herbe sur le dos. Sur un pic, là, sur notre gauche, la kasbah de Tizourgane surplombe la vallée. Une fillette dévale la montagne et vient à notre rencontre, un chevreau dans les bras, elle est fière de nous montrer son petit compagnon ; elle s'appelle Aïcha, elle est jolie et tout sourire. Un vieil homme au regard paisible vient nous saluer ; Jo et moi sommes émus par tant de gentillesse.

    Nous traversons le petit village de Biougra où la vie de tous les jours bat son plein autour des petits commerces ; il faut rouler au pas car les gens, tout à leurs occupations, traversent la route avec leur baluchon, leur charrette ou leur troupeau. Nous atteignons Agadir en début d'après-midi et prenons la route de Marrakech où nous avons rendez-vous avec Guy et Carmen au camping de Manzil la Tortue. Sur les contreforts du Haut Atlas, le temps change et tourne à la pluie. Par la N 8 nous passons le col de Tassadant à 1500 mètres d'altitude. La montagne est rouge comme dans les Vosges et les forêts de chênes verts et de genévriers bordent la route jusqu'à Ilni-n'Tarroute. Nous longeons sur plusieurs kilomètres l'énorme chantier de la future autoroute Agadir - Marrakech qui traversera le Haut Atlas avec des ouvrages à plus de 2000 mètres. Les énormes scrapers et les camions qui œuvrent dans la boue et la roche semblent en équilibre en bordure des ravins. De Chichaoua à Marrakech, la route est monotone et la nuit tombe vite. C'est dans l'enchevêtrement habituel de véhicules de toute nature et sous la pluie que Jo se faufile « à la marocaine » pour rallier la route de Ouarzazate et le camping après la séance 4 x 4 de la piste que nous connaissons bien maintenant.

    Nous retrouvons avec plaisir Pascale, André et les enfants. Il est 20 heures, nous nous installons pour la nuit. Au matin, le temps est mauvais, il pleut beaucoup. Nous utiliserons le véhicule du camping et son chauffeur Abdel Hack pour nous rendre à Marrakech faire quelques courses. L'après midi, un orage de grêle s'abat sur le camping et le courant est coupé. Il sera rétabli deux heures plus tard. Ce soir, nous dinons entre amis avec Pascale, André, Guy et Carmen et nous écouterons longtemps Guy nous conter ses voyages en Amérique du Sud. Il nous fait rêver. Maintenant, atteint par la limite d'âge et la maladie, il sait que la route s'arrêtera bientôt pour eux et ils profitent du soleil marocain avant de rejoindre, en France, un bungalow pour y passer l'été, proche de leur famille.


                                                                                                      CASCADES D'OUZOUD

    4 mars 2009

    Après avoir salué André et Pascale, Guy et Carmen, nous prenons la route dans la grisaille afin d'aller visiter les célèbres cascades d'Ouzoud distantes d'une soixantaine de kilomètres de Marrakech. Nous traversons un petit village ; c'est l'heure de l'école et la rue est encombrée d'enfants ; il faut faire très attention car cette jeunesse exubérante se lance à l'assaut de notre véhicule pour réclamer bonbons et stylos que nous distribuons avec plaisir. Leur sourire et leur joie de vivre font plaisir à voir.
    Nous sommes vite arrivés à destination et stationnons notre camion sur un parking face à la gendarmerie royale locale. Nous nous attachons les services de Mohammed, un guide habitant le village qui connaît chaque pierre de la montagne qu'il fréquente depuis sa tendre enfance. Il nous promène dans les falaises afin de profiter des meilleurs points de vue pour observer les cascades. Le soleil est revenu et la vue est impressionnante. L'eau rouge du fait des récents orages sort en quatre points de la montagne et tombe de 120 mètres dans la rivière au fond du ravin dans un bruit de cataractes. Dans un nuage de brume qui explose sur les rochers, le soleil du matin nous offre un arc en ciel irisé de toute beauté. Au fond, la rivière tumultueuse ira se jeter quelques kilomètres plus loin dans le lac de Bin el Ouidane que nous trouverons demain sur notre route.

    Mohammed attire notre attention sur des points en mouvement dans les rochers de part et d'autre de la cascade ; une colonie de singes - magot de l'Atlas - y a élu domicile. C'est la même espèce qui peuple le rocher de Gibraltar et notre célèbre montagne aux singes près de Colmar. Au loin dans la montagne, le village « mexicain » vieux de neuf siècles ; il doit son nom à l'architecture semblable aux constructions mexicaines d'après certains touristes avisés. En fait, ce village est berbère, le plus ancien de la région.

    Par les escaliers, nous descendons au deuxième niveau jusqu'à une plateforme, d'où nous pouvons admirer de plus près, le torrent d'eau dont nous essuyons quelques gerbes humides et les singes qui s'épouillent dans les arbres. Le spectacle est enchanteur. Nous remontons les marches au travers des commerces artisanaux traditionnels qui caractérisent les sites touristiques du monde entier. Nous rejoignons notre camion et avons donné rendez-vous à notre guide pour visionner sur notre ordinateur les photos que nous avons prises. Nous parlerons beaucoup avec Mohammed, marié, deux enfants ; il vivote de ce travail épisodique au service du touriste. Lucide sur son sort et celui de ses compatriotes, il nous dit se contenter de peu mais pense surtout au bonheur de ses enfants. Sensible à la qualité de son travail, il compte sur le « bouche à oreilles » pour fidéliser ses clients qui lors d'un voyage futur se souviendront de lui.

                                                                                                         EL KSIBA (sur la route de Fès)

    05 mars 2009

    Nous quittons Ouzoud sous le soleil et continuons par la petite route de montagne pour rejoindre la N8 via Afourer pour aller sur Fès. Nous passons entre deux montagnes magnifiques qui jaugent 1500 mètres. Les paysages sont sublimes sous le soleil et nous apercevons au loin les sommets enneigés du Moyen Atlas. Nous nous arrêtons souvent pour prendre des photos et donner des bonbons aux enfants que nous rencontrons. Une jeune fille fait de l'auto-stop sur le bord de la route. Nous la prenons à bord ; elle s'appelle Naïma, elle se rend à l'hôpital d'Azilal, ville située à une vingtaine de kilomètres. Ici, pas de transport en commun, uniquement les grands taxis sur les grands axes ; aussi, le stop reste souvent la seule solution pour les villageois qui désirent se rendre en ville.

    Naïma est jolie sous son foulard noir, elle a le sourire facile des marocains. Nous sympathisons vite tant elle est agréable. Elle habite un petit douar dont j'ai oublié le nom ; elle est malade et va en consultation à l'hôpital. Elle n'a pas d'emploi (chose rare ici). Nous avons échangé nos coordonnées et je garderai contact avec elle pour l'aider si besoin. Quand nous arrivons à Azilal, le marché bat son plein ; nous déposerons notre passagère face à l'hôpital. En descendant, elle me dit : « tu me téléphones ! Tu promets ? » Oui, Naïma, je te téléphonerai, je ne t'oublierai pas.

    Nous avons repris notre route qui remonte sur Afourer. Nous longeons le lac de Bin el Ouïdane encaissé dans la montagne. C'est une merveille de beauté, de calme au creux des chênes verts. Nous passons sur le barrage qui retient l'eau ; celui-ci gardé par l'armée ne peut être pris en photo. Dommage car la vue plongeante sur la rivière est admirable. Le petit camping que nous espérions en bordure de rivière est en cours d'aménagement et ne peut nous recevoir. Nous devons donc repartir sur la route qui passe dans les nuages et traversons Afourer sous la pluie qui se remet à tomber. Nous roulons maintenant sur la N8 et passons Beni-Mellal puis Kasba Tadla. Nous quittons la N8 pour nous diriger vers El Ksiba afin de rejoindre le « camping des artistes ». La route principale est en travaux, nos roulons dans la boue jusqu'à l'entrée du camping qui est fermé. Il nous faut faire encore quelques kilomètres dans la boue avant de pouvoir faire demi-tour et revenir dans El Ksiba. Il y a une place face à la « Protection civile ». Nous demandons à la gendarmerie royale et à la protection civile l'autorisation d'y passer la nuit. C'est avec beaucoup de gentillesse que ces gens nous reçoivent et nos accueillent à bras ouverts. Nous passons une nuit agréable malgré la pluie.

     

                                                                                                          AZROU

    06, 07 mars 2009

    Au matin, la pluie se calme un peu et je me rends à la Protection Civile pour les remercier ; je suis reçu par l'adjudant chef Hassan avec qui je sympathise, nous échangeons nos numéros de téléphone et je vais également remercier la Gendarmerie Royale. Reçu par l'officier, commandant la caserne, celui-ci, pensant à un problème, blêmit en me voyant , je le rassure immédiatement et c'est avec un franc sourire de soulagement qu'il m'assure avoir fait le maximum pour notre sécurité et qu'il aurait été très ennuyé en cas de problème, la France étant considérée ici comme le pays-frère par excellence. Nous quittons El Ksiba et longeons un lac immense sur notre gauche qui ne figure pas sur notre carte Michelin. Nous passons Kenifra et atteignons Azrou en milieu d'après midi. Il fait frais, la boue est partout, la promenade prévue dans la forêt de cèdres est annulée. Nous arrivons à notre camping « Amazigh » et nous nous installons sous le regard des cigognes qui ont colonisé les maisons environnantes.

    Au matin, un soleil radieux éclaire les magnifiques lys bleus qui parsèment le camping. Concert de « castagnettes » de la part des cigognes qui copulent et travaillent à l'amélioration de leurs nids. C'est la saison des amours pour ces magnifiques volatiles. Nous allons nous promener à Ifrane, la petite Suisse Marocaine comme se plaisent à la nommer les habitants du coin. Cette petite ville était, avec Mischliffen toute proche, un haut lieu du ski à l'époque du protectorat et est aujourd'hui très prisée par la bourgeoisie locale, ce qui lui donne un air cossu bien agréable sous les plaques de neige qui persistent encore.

                                                                                                               RAS EL MA - FES

    08 mars 2009

    Nous quittons le camping « Amazigh » sous un beau soleil printanier et prenons la direction de Ras el Ma, petite rivière de mon enfance marocaine où nous venions, en famille, passer des week-ends de pêche. Je n'ai plus la mémoire exacte du lieu mais la route qui nous y mène traverse la forêt de cèdres. Il y a encore de la neige sur les bas-côtés. Nous croisons des athlètes internationaux marocains en stage d'altitude à Ifrane. Ceux-ci nous saluent aimablement dont un spécialiste du 800 mètres qui nous souhaite la bienvenue. Je lui lance un vibrant « vive la Maroc », il répond par un franc « vive la France ». Nous nous arrêtons près d'un camp de vacances pour enfants de l'époque du protectorat et qui garde encore ce jour cette noble fonction. Une jeune fille qui promène sa nièce Hiba nous invite à prendre le thé dans la grande maison du gardien du centre de vacances. Elles sont trois sœurs qui nous reçoivent avec gentillesse. Autour du thé, nous discutons en toute simplicité de la vie quasi monastique qu'elles vivent ici, loin du monde au milieu de leurs chèvres, poules et canards. Curieuses, elles souhaitent visiter notre camping-car, ce que nous faisons avec beaucoup de plaisir.

    Nous cherchons un moyen d'accéder à la rivière et nous nous rendons dans un centre de pisciculture moderne qui est en bas de la côte. Un monsieur nous indique comment nous y rendre. Nous visitons le centre de pisciculture qui élève des truites car la rivière qui descend de l'Atlas est propice à ce type d'élevage. Nous remontons la montagne, repassons devant la maison du gardien de la colonie de vacances où les filles nous saluent au passage une dernière fois. A pied, nous accédons au bord de la rivière qui coule claire et en cascade parmi les cailloux de la montagne. J'entends encore les cris de mes frères et de mon papa chaque fois qu'un poisson gesticulait au bout de la ligne. Une bouffée d'émotion m'étreint le cœur à cette pensée ; c'était il y a cinquante ans.
    Par Imouzzer, nous rejoignons à Ain Chkeff notre camping « le Diamant Vert » au sud de Fès.

                                                                                                                               FES

    09, 10, 11, 12, 13, 14 mars 2009

    C'est par un chemin détrempé par les inondations récentes que nous atteignons le camping. Après notre installation, nous faisons le tour du site et nous nous renseignons sur le moyen le plus adapté pour nous rendre en ville. C'est en bus que nous découvrirons la capitale intellectuelle et religieuse du Maroc. Je n'ai qu'une hâte, être à demain pour retrouver ma ville natale.
    Au matin, le ciel est nuageux mais le soleil reviendra vite. Nous embarquons à bord du bus n° 17, véritable tombereau super bondé qui brinquebale, vibre, tremblote, couine, grince, chauffe, pue et glousse car des poules attachées par les pattes, en partance pour le souk, chicanent sur le confort des transports en commun marocains. Nous allons ainsi debout, coincés entre des fatmas « pintadantes » et des burnous en sueur, car il fait très chaud, jusqu'au terminus avenue Hassan II, ex avenue de France du temps de notre splendeur.

    L'air de l'extérieur nous rend des couleurs et après quelques instants de récupération, nous nous dirigeons vers la Gendarmerie Royale Marocaine. Notre point de repaire, la Grande Mosquée près de la place Kennedy, toute proche. Nous nous présentons à la grande porte en fer forgé qui n'a pas changé et que je reconnais du premier coup d'œil. Nous sommes accueillis très courtoisement par l'adjudant chef Driss Hacheboun, responsable des services généraux. Il m'écoute attentivement, nous souhaite la bienvenue et m'assure faire le nécessaire pour nous permettre de visiter les lieux de ma naissance. Il doit en demander l'autorisation au Lieutenant Colonel commandant la Gendarmerie actuellement en vidéoconférence avec l'Etat-major de Rabat. A son retour, il nous présente les excuses de l'officier supérieur qui ne peut pas nous recevoir personnellement mais c'est avec plaisir qu'il délègue l'adjudant Hacheboun pour cette mission. Je suis abasourdi par tant de déférence à mon endroit. Après les recommandations d'usage en matière de sécurité militaire (photo) nous suivons notre guide à travers les rues de la caserne. Bien sûr, l'ensemble a évolué mais, je reconnais tout de suite les tours de la « nouvelle caserne » avec leur disque de béton posé comme un chapeau sur les bâtiments. Puis le bâtiment sanitaire, la crèche, ensuite direction l'ancienne caserne en passant par l'atelier auto. Mon cœur bat fort en passant vers l'ancien séchoir à linge où nous jouions aux billes dans le sable avec mes frères et mes copains. Cet endroit est aujourd'hui un petit terrain de basket pour les enfants.

    Et là, devant moi, l'ancien appartement qui m'a vu naître en décembre 1947. Rien n'a changé, le petit jardinet de part et d'autre de la porte d'entrée, j'explique l'agencement des locaux à l'adjudant qui m'assure que tout est exactement comme cela. Le logement est actuellement inhabité mais les clés ne sont pas disponibles et je ne peux donc pas le visiter. J'en suis désolé. Un petit tour à l'arrière du bâtiment et je retrouve l'escalier avec les petits jardins de chaque côté où poussaient les muriers dont les feuilles nourrissaient les vers à soie que nous élevions, conservés précieusement dans une boîte à chaussures jusqu'à l'éclosion des chrysalides.

    Une photo existe, dans la maison familiale, de maman assise sur une marche avec notre grande sœur Edwige dans les bras. Le long du mur d'enceinte qui donne sur le stade, toujours existant mais transformé, il est le deuxième stade de la ville, je cherche des yeux la petite porte qui donnait dans la « rue des Sports » où nous allions, pour quelques centimes de l'époque, acheter du nougat ou des chewing gum au petit commerçant dans sa cabane à l'entrée du stade. Plus de porte, plus de cabane, plus de commerçant.

    Le bâtiment contigu au séchoir a été transformé en bar pour les gendarmes et l'adjudant Hacheboun nous y offre le thé à la menthe de bienvenue. Touchante attention ! La visite se poursuit par les locaux cynophiles, radio et le garage des motos. Les Terrot et Harley Davidson qui équipaient les gendarmes de l'époque sont remplacées par de rutilantes BMW.
    Quand j'explique que mon père était « motard » et qu'il a escorté le Sultan Mohammed V, une photo existe également dans la famille, l'adjudant Hacheboun me dit qu'une dame, l'année dernière, a fait la même démarche que moi ; elle est également née en 1946 ou 1947 dans l'ancienne caserne, son père a également escorté Mohammed V à moto ; il me dit qu'elle a beaucoup pleuré en revoyant les lieux. Il ne se souvient pas de son nom mais elle habite Toulouse. Après de chaleureux remerciements à notre hôte et l'accolade d'adieu traditionnelle, nous nous séparons. Adieu ma jeunesse !
    Grand merci à la Gendarmerie Royale de Fès pour ce moment de bonheur !

    Nous traversons la rue et prenons la direction de l'école, à côté de la mosquée. Je suis devant le portail fermé car ce sont les vacances pour les écoliers marocains ; mais c'est mon jour de chance, le concierge est présent et gentiment, m'ouvre les lieux pour la visite. La cour est la même, le bâtiment des classes n'a pas changé, mais d'autres constructions se sont ajoutées au fil du temps. Peu importe, mes souvenirs sont aussi dans ces murs. Je me souviens de la première fois où j'ai vu la neige, dans cette cour d'école ; c'était exceptionnel, la maîtresse nous a mis dehors pour en profiter ; ce fut ma première onglée ; le soir, la neige avait disparu. Merci Monsieur le concierge, vous ne vous doutez pas de la joie que vous m'avez donnée en m'ouvrant votre porte.

    Autre lieu plein de souvenirs d'enfance, le « centre sportif des cheminots » où papa, le weekend, allait de temps en temps jouer aux boules avec des copains et boire l'anisette à la buvette ; nous y avons joué parmi les arbres, avec frères et sœur. Il suffit de traverser la rue pour trouver l'entrée du parc et sa pancarte au dessus de la porte annonçant « Club Sportif des Cheminots Marocains ». Certes, les arbres ont beaucoup grandi mais tout est en place, les terrains de boules sont des allées piétonnes, les poteaux en bois supportant les grosses lampes d'éclairage sont des luminaires modernes et la buvette est un snackbar. J'ai encore en mémoire le goût des petits poissons frits et très épicés, servis avec l'apéritif que papa nous échangeait contre quelques minutes de calme, la kémia, nous en raffolions mes frères et moi. Nous avons déjeuné au snack, Jo et moi pour prolonger un peu le plaisir avant de rentrer en petit taxi rouge (une Fiat Panda délabrée) au camping « le diamant vert ».

    Ce matin, visite de la médina au programme ; Le temps est magnifique, le bus nous dépose avenue Hassan II et, à pieds nous prenons la direction de Bâb Boujloud. En passant devant le palais royal, nous y admirons la porte principale couleur or, gardée par les forces de sécurité en arme et en tenue de parade. Le Roi est en son palais. Nous longeons quelques instants le mur d'enceinte du palais avant de prendre la petite porte sur la droite qui est l'entrée du « mellah » ancien quartier juif où s'échangeait le sel ( el mellah ) dont la communauté Séfarade assurait le commerce. Nous nous assurons les services d'un guide pour déambuler dans cet entrelacs de ruelles. Un passage par le cimetière tout blanc et son quartier spécifique où sont ensevelies les victimes d'une grande épidémie de typhus du 17éme siècle.

    Nous y admirons la pierre tombale du grand Rabin Vidal décédé en l'an mille six cent. Au loin, sur la colline en face, nous apercevons l'ancienne église chrétienne et les bâtiments occupés par les français du temps du protectorat. Nous passons devant la très vieille synagogue dont un plan de réhabilitation est prévu. Un four à pain collectif reçoit les pains préparés par les familles pour la cuisson journalière. De vieilles maisons avec des balcons ouvragés rappellent la présence des Andalous chassés d'Espagne avec les arabes lors de sa reconquête du dixième siècle par les rois chrétiens. Une plaque sur une maison mentionne la présence en ces lieux de Charles de Foucault en mille huit cent quatre vingt trois, chargé de l'évangélisation de Fès, y fit « zéro » d'après notre guide.

    Nous rejoignons la porte de Boujloud et repérons le restaurant « La Noria » dans le quartier de Fès Jdid recommandé par nos copains Stéphan et Marie Luce qui y avaient apprécié la « Pastilla » servie par Abdel lors de leur voyage au Maroc. Hélas, en l'absence d'Abdel nous n'avons pas bénéficié de la qualité culinaire escomptée et n'avons pas aimé la cuisine pratiquée à la Noria malgré le charme des lieux.
    C'est, compactés dans un bus délabré que nous rejoignons le nôtre tellement plus confortable pour une nuit sous les eucalyptus et les chants d'oiseaux.

    Aujourd'hui, vendredi, une animation particulière règne en ville. L'armée, la gendarmerie royale, la garde royale, la police, les paras militaires, la Protection civile, quadrillent les abords du palais et l'avenue Hassan II. Sa Majesté Mohamed VI doit se rendre à la mosquée pour la prière hebdomadaire. Les curieux sont aimablement parqués derrière les barrières positionnées pour la circonstance le long du parcours royal, de jeunes excités sont vigoureusement remis dans le rang, l'un d'entre eux prendra une « raclée » avant d'être installé manu militari dans un véhicule de police. Le cortège royal passera à grande vitesse devant nous dans l'avenue vidée de sa circulation habituelle et nous n'apercevrons que le bras droit de sa Majesté nous saluant au passage. Nous aurons plus de chance au retour et distinguerons parfaitement le Roi dans sa Mercedes blindée noire escortée par les motards de la garde. Nous passerons le reste de l'après midi dans un cyber café afin d'y relever notre messagerie.

    Samedi, par un temps magnifique et une température de trente deux degrés, nous nous lançons dans les dédales de la médina pour la visite incontournable du plus grand souk du Maghreb. Nous marcherons de concert avec un couple de campingcaristes d'Annecy avec qui nous échangeons sur les points de visite à ne pas manquer. La Médersa Bou Inania avec sa fontaine aux ablutions et sa salle de prière interdite au public. Le quartier des tanneurs visité, bouquet de menthe sous le nez, depuis la terrasse d'un commerce de cuir. Nous profiterons de la fraîcheur des murs de l'ensemble « Nejjarine » célèbre pour sa fontaine de mosaïques et son musée de l'artisanat du bois admirablement mis en valeur grâce à la restauration remarquable d'un bâtiment servant de commissariat de police lors du protectorat. Nous aurons une vue imprenable de Fès depuis la terrasse. Le retour se fera au gré des étals des petits commerces dans la ruelle tout en montée qui traverse la médina du nord au sud. Petit taxi rouge (une 104 Peugeot en décomposition) pour rejoindre le camping.

                                                                                                             MEKNES

    15-16 mars 2009

    C'est dimanche, il fait très beau à Fès quand nous reprenons la route. Un passage au super marché afin d'y faire quelques emplettes et nous enfilons la route de Meknès. Un détour par un autre Ras el Ma qui ne me dit rien qui vaille, il n'y a pas de rivière donc je suppose que le premier site est le bon. Nous traversons d'agréables forêts d'oliviers, sous lesquels des familles marocaines piqueniquent à l'ombre en ce jour de repos. Tout est en fleurs et cette belle région maraîchère arrosée par l'oued Idida resplendie sous le soleil. Meknès est proche, annoncée par ses vignobles dont elle a fait sa spécialité. C'est dans les remparts de la ville que s'abrite notre camping, nous rejoignons ses eucalyptus centenaires dont beaucoup ont été décapités pour permettre l'accès des camping-cars, quel gâchis !

    Au matin, sous un chaud soleil, nous partons pour une promenade sous les remparts de la ville impériale. Nous passons sous le palais royal et atteignons le mausolée de « Moulay Ismaël » sultan fondateur de la ville. Ce personnage cruel aux cinq cent femmes et sept cent fils (le recensement des filles n'étant pas terminé à ce jour) a fait enfermer la ville dans quarante sept kilomètres de murailles construites par les prisonniers, portugais, espagnols et criminels marocains au 16éme siècle. Il repose ici avec son fils successeur au trône entouré de quatre horloges comtoises offertes par Louis XIV, souverain français qu'il admirait, les horloges fonctionnent toujours. Cinquante mille captifs ont galérés à la construction de la ville pour ce sultan mégalomaniaque, ils étaient les hôtes de la prison souterraine dite « des chrétiens » que nous avons visitée. Ce triste lieux n'a été découvert que très tard à l'occasion de travaux dans la ville. Il était relié par souterrains au palais gardés par une armée tenue au secret. Un pavillon dit « des ambassadeurs » permettait la réception des négociateurs étrangers venus monnayer l'échange de certains prisonniers contre rançon en or bien entendu. Un passage par la galerie de l'artisanat nous fera faire connaissance avec un sympathique commerçant, spécialiste de la promotion des arts traditionnels du Maroc dans les grandes villes Européennes dont Metz et Strasbourg, gage de sérieux s'il en est. Nous visiterons en partie le « golf royal » où sa Majesté vient régulièrement y travailler son « swing », une photo du souverain en action orne le fronton du club house. Si l'eau est un élément précieux au Maroc, ici on ne lésine pas sur l'arrosage comme le prouve la qualité du green royal.

    Nous prendrons la traditionnelle calèche pour faire le tour de la ville où les mimosas sont en fleurs. Porte après porte, le nom des quartiers récités par notre cocher défilent derrière les remparts. L'haridelle qui tracte notre carrosse, se fait régulièrement caresser la croupe à coups de gourdin afin de maintenir la cadence au milieu de la circulation automobile, surtout quand la route s'élève, le touriste n'attend pas. Notre parcours se terminera au bord du « bassin de l'Agdal » ayant servi d'abreuvoir aux douze mille chevaux du sultan Moulay Machin dont on aperçoit les écuries aux abords du palais royal.

    A pieds nous rejoindrons notre palais résidentiel d'été « Moulay Totor »sous les frondaisons aux abords des latrines du camping municipal de Meknès.

                                                                                                                VOLUBILIS

    17 mars 2009

    Sur la route de Souk el Arbaa, quelques kilomètres après Meknès et proche de « Moulay Idriss » fondateur de la ville de Fès, se trouve le site romain de Volubilis. Il nous faut peu de temps pour y accéder, un vent soutenu balaie les lieux et un soleil d'été radieux éclaire les pierres millénaires. Sur une quarantaine d'hectares gisent ici les restes d'une civilisation à jamais disparue mais dont le génie de la construction et de l'organisation sont intactes. Construite sur une colline, cette petite ville dominait la plaine agricole du Cherarda au nord de Meknès. Elle était organisée autour de son axe principal le « décumanus maximus » route dallée reliant les portes nord et sud dont existe encore celle du nord. De chaque côté de la porte prévue pour le passage des chars deux plus petites permettaient le passage des piétons. La rangée de colonnes et les arcades encore debout et bordant cette route permettent d'imaginer la grande allée commerciale qu'elle était à l'époque et l'animation qui devait y régner. L'arc de triomphe dit de « Caracalla » également debout marquait le centre de la ville une rue transversale permettait de relier les portes est et ouest dont il ne reste rien aujourd'hui. Les thermes et le temple sont encore en partie debout et partout les ruines des grandes maisons de maître ou de magasins laissent apparaître des mosaïques représentant des scènes mythiques tels les douze travaux d'Hercule ou les quatre saisons. Le lupanar a été localisé derrière le temple, grâce à la présence d'un vit de bonne taille, sculpté dans la pierre qui devait orner le fronton du bâtiment. Des travaux de sauvegarde du site avaient été commencés mais, faute de moyens ils sont abandonnés depuis longtemps et le temps faisant son œuvre on peut envisager la disparition définitive de ce site historique.

                                                                                                               MOULAY BOUSLEM


    18 mars 2009

    Après une nuit passée dans un petit camping qui domine la vallée au sud de Moulay Idriss, nous nous dirigeons vers Moulay Bouslem, plage de l'atlantique au sud de Larache où nous avons passé en famille des heures merveilleuses. Mais avant, notre route repassera par Souk el Arbaa où je tiens à renouveler ma demande de visite à la Gendarmerie Royale. Nous retrouverons notre place face à la Protection Civile et notre ami El Kourchi Ettouri, fidele au poste. Nous nous retrouvons avec plaisir et nous laissons notre camion sous sa garde. Les Gendarmes me reconnaissent et je n'ai pas besoin de reformuler ma demande, ils savent ce que je désire. On me souhaite la bienvenue, on m'assure tout faire pour me faciliter l'accès des lieux, on me propose d'attendre à l'ombre que le sous officier revienne avec l'autorisation du capitaine qui ne fait aucun doute.

    Un homme en détresse est allongé au sol de l'autre côté de la rue. Devant l'indifférence générale je vais alerter les gendarmes qui de leur place essaient d'attirer l'attention de la Protection civile. Finalement, l'un d'eux finira par se déplacer et transporter avec l'aide d'un passant la personne jusqu'à la terrasse du café en face abandonnant celui-ci à son sort. Puis on me propose d'attendre également à la terrasse du café d'en face que le capitaine revienne il est actuellement absent. Egalement abandonné à mon sort, après un quart d'heure d'attente je vois s'éclipser mes interlocuteurs et je comprends qu'on me mène en bateau. Aussi je vais saluer le planton en lui faisant remarquer qu'il est plus facile d'avoir à faire à la grande Gendarmerie Royale de Fès qu'à la petite gendarmerie de Souk el Arbaa et qu'il adresse mes salutations au capitaine. Un peu à l'étroit dans son treillis celui-ci m'assurera faire la commission. Nous faisons nos adieux à la Protection civile et mettons le cap sur Moulay Bouslem.
    Par une route défoncée nous mettrons deux heures pour effectuer les quarante quatre kilomètres qui séparent Souk el Arbaa de Moulay Bouslem. Un grand taxi qui nous croise à grande vitesse propulse un caillou qui explose notre phare avant gauche. Nous stationnons Totor dans le grand camping « flamand » et passerons une nuit au calme malgré les moustiques qui nous harcèlent.

    Dans mon souvenir, Moulay Bouslem n'était qu'une petite plage avec deux maisons en ruine s'enfonçant dans le sable et deux carcasses de bateaux échouées sur les rochers. Ce que j'ai sous les yeux est une ville de plusieurs milliers d'habitants avec un front de mer construit sur plusieurs kilomètres. Une immense lagune interdit l'accès à la plage, il faut traverser la ville pour y accéder. Un port de pêche existe et de nombreux bateaux y sont amarrés. Le touriste y est recherché pour une promenade dans la lagune afin d'y admirer les oiseaux. Nous irons à pieds jusqu'à la plage où, à part le ciel, je ne reconnais rien. Les rochers qui se découvrent avec la marée basse de l'après midi ressemblent bien un peu à ceux de mon enfance, mais qu'est ce qui ressemble le plus à un rocher qu'un autre rocher ? Nous y récoltions de grosses moules avec mon père, mes frères et ma sœur. Nous faisions la route avec la « Traction Citroën » noire, un gros sac plein dans le coffre. De retour à la maison, maman les cuisinait et nous n'attendions pas d'être à table pour les déguster. J'ai bien cherché sur les rochers, de moules point mais de grosses coquilles vides présentes prouvent leur existence, ici aussi l'écosystème a évolué en cinquante années. Nous irons nous attabler à la terrasse d'un restaurant face à la lagune pour y déguster une friture de poissons, on nous y servira même du vin (de la piquette) caché dans un papier journal chose rare en pays islamique.

    Demain, nous reprendrons la route vers Sebta, terminus de notre voyage au Maroc. C'est avec beaucoup de tristesse que nous quittons ce pays magique et son peuple si attachant. Jo en a les larmes aux yeux.

    Moi, le cœur serré, j'y laisse un peu de ma vie.
    Vie que nous évoquerons, encore une fois dès notre retour en France, en famille, afin d'entretenir cette flamme qui brille chaque fois que nous en parlons.
    Vie de bonheur et d'insouciance, il ne manquera que le souffle de notre père pour raviver cette flamme qu'il a allumée le jour où il a rencontré maman et qui a donné ce foyer où nous nous chauffions le cœur.
    Ce soir, je pense à lui.


    4 commentaires
  •  

     

    vallée du drâa - la palmeraie

      

     ZAGORA


    05 Février 2009 :

          

         

       Nous quittons les palmiers d'Agdz pour entrer dans la fameuse vallée du Drâa que nous longerons sur environ cent vingt kilomètres. Ce drôle de fleuve prend sa source, comme le Dades dans le Sarhro près d'Ouarzazate ; il étale ses eaux à travers la vallée au-delà de Mhamid, puis disparaît dans les sables du désert pour réapparaître ça et là avant d'aller se jeter dans l'océan au cap Draa au nord d'El Ouatia. Sans cette particularité il serait le fleuve le plus long du Maroc. Ses eaux précieuses y font vivre les plus belles palmeraies du Maroc et les jardins qui s'y abritent du soleil. La route serpente en suivant les méandres du fleuve, elle est en bon état et nous la reprendrons au retour, car c'est le seul et unique chemin pour aller à Mhamid depuis Ouarzazate.

    Sous les palmiers, des douars en pisé se dissimulent et abritent une population de paysans qui vivent du commerce des dattes. Tout au long de la route des vendeurs hèlent les véhicules pour vendre les dattes du Drâa. Aujourd'hui c'est jour de lessive sur les rives du fleuve, des fatmas, djellaba remontée jusqu'à la ceinture et voile sur la tête, s'activent sur leur linge, dans l'eau jusqu'aux genoux. Partout sur les berges linge et tapis multicolores sont étendus à même le sol ou accrochés aux buissons. Je présume que c'est ici que s'échangent les nouvelles des douars et qu'elles circulent par ce canal, d'Agdz à Mhamid et de Mhamid à Agdz plus vite que par les médias locaux.

    Au bord du chemin, nous rencontrerons « Ulysse et Pénélope », le camping car de l'espace. Yves et Michelle ont passé la nuit ici et reprennent la route pour Zagora. Nous prenons le temps d'échanger quelques nouvelles, les saluons et nous nous quittons. Nous arrivons à Zagora par une avenue large et dégagée et la circulation se fait dans de bonnes conditions contrairement à la plupart des villes marocaines que nous avons traversées. Nous n'avons aucune difficulté pour trouver notre camping « Prends ton temps » sauf qu'en quittant l'avenue principale, nous retrouvons la route défoncée jusqu'à la kasbah, dans laquelle il est niché, au milieu d'une palmeraie. Nous sommes accueillis par « Bélaïd », propriétaire des lieux, qui nous indique notre place parmi la dizaine d'emplacements existants. Nous sommes bien à l'abri derrière les hauts murs de la kasbah car le vent souffle assez fort et le sable vole dans tous les sens.



     

     

    zagora - camping prends ton temps bureau de belayd

     

     Le camping « Prends ton temps » est organisé en deux parties, l'une est réservée aux campings car, l'autre à l'hôtellerie de passage, quelques chambres et cabanes sont disponibles. Une petite pièce d'eau et quelques palmiers sont le centre de cette partie du campement. Autour, les chambres et cabanes dont les portes et les murs sont décorés de tableaux (peints par Bélaïd) représentants des paysages et des scènes de désert de circonstance. Des tentes Berbères pour la restauration et les spectacles ainsi que le bureau d'accueil complètent cette partie des installations. Chaque membre du personnel, en tenue traditionnelle vient nous souhaiter la bienvenue et veille avec attention à notre bien être. Jo et moi apprécions particulièrement la gentillesse et l'attention que nous portent ces gens, nous ne nous sentons ni touriste, ni client mais « amis », c'est ce qui fait la différence. Bélaïd nous offre le thé de bienvenue que nous prendrons, au soleil, sur une table près de l'accueil. Ce personnage, haut en couleur, de forte corpulence dans sa djellaba verte et son chèche blanc sur le crâne tient plus d'un prince du désert que du gérant de camping qu'il est. Ancien parachutiste des forces armées royales du Maroc durant dix sept années, il a baroudé dans le désert du Sahara occidental et sur la frontière Algéro-Marocaine aux trousses du Polisario. Son équipe, il l'a recrutée parmi ses frères d'arme, en particulier, le chauffeur du 4x4 et son chamelier dont il dit qu'il a un GPS dans la tête.

    Ces gens, Berbères nomades d'origine, sont les guides expérimentés qui accompagnent les clients lors des séjours organisés dans le désert dont ils connaissent chaque caillou. Jo rêve depuis longtemps de désert au ciel étoilé et de dunes de sable ; aussi, n'avons-nous pas hésité quand, un membre de l'équipe de gestion est venu nous proposer un jour et une nuit de périple en 4x4 et dromadaire, ce sera pour demain. Le soir venu, nous avons, avec d'autres camping caristes, dîné sous la grande tente Berbère d'un bon couscous servi par Bélaïd lui-même tant il tient à la perfection de ses prestations. A la fin du repas, toute l'équipe de « prends ton temps » en tenue traditionnelle fait son entrée sous la tente et nous interprète des musiques et des chants composés par Bélaïd en personne .Lui même joue du luth à douze cordes et chante en fermant les yeux, son pays et la vallée du Draa qu'il aime de tout son cœur. Cette musique, rythmée par les djembés et les tratchs genre de castagnettes en métal et les refrains repris en chœur par les musiciens nous transportent, loin, dans les sables et la magie du désert. J'ai beaucoup pensé à mon garçon, Stéphane, que j'aurais souhaité à mes côtés durant cette soirée, tant il aime cette musique, il aurait activement participé au spectacle, au djembé assurément ! C'est la tête, déjà dans les étoiles que nous avons rejoint notre maison pour la nuit, demain,réveil à sept heures pour un rendez vous à neuf avec Bélaïd et notre guide.

    zagora - belaid le berbère musicien - 2



     06-07 Février 2009 :

    Il fait froid ce matin car le vent est également au rendez vous, nous chargeons nos sacs dans le 4x4 qui nous attend depuis un certain temps. Bélaïd, djellaba au vent et rire tonitruant nous invite à monter à bord, la musique coranique nous accompagne, certains versets sont repris en chœur par nos Berbères. Par la route de Mhamid nous joignons Tamegroute pour une visite de la bibliothèque coranique et la kasbah souterraine. Nous sommes accueillis par le conservateur de la bibliothèque qui nous présente la collection d'ouvrages dont le plus ancien a plus de six cents ans, rédigé en arabe ottoman sur de la peau de chèvre à l'aide de stylets en roseau, il repose sur son étagère sans précaution particulière . Devant mon étonnement, le conservateur m'explique qu'en absence d'humidité dans l'air Magrébin les ouvrages n'ont pas besoin de protection spéciale. Plusieurs œuvres calligraphiques mettent en valeur les sourates coraniques et les lois et règles de la « Charria » qui régit la vie musulmane. Des livres en caractères égyptiens d'autres en arabe traitent de la généalogie du prophète, de mathématiques, de littérature, de médecine par les plantes avec, en couleur noire, la maladie et en couleur rouge, le remède et la posologie. Ces ouvrages sont compulsés par les éminences grises et les chercheurs du monde entier. Pour ma part je recherche d'hypothétiques images afin, éventuellement, d'en décrypter l'objet du livre que j'ai sous les yeux mais en leur absence je passe au livre suivant, en quelques minutes j'ai fait le tour de la collection et sortirai de ce sanctuaire de la culture musulmane aussi ignare qu'en y entrant.



     

    tamegroute - atelier des potiers - 2

     Notre guide nous emmène à travers les ruelles de la ville vers la kasbah souterraine. Cette très vieille construction en pisé toujours habitée, a évolué au fil du temps et des besoins sous le niveau du sol pour abriter les habitants des vents de sable et de la chaleur. C'est un véritable labyrinthe de couloirs sombres et étroits sur lesquels s'ouvrent directement les portes des habitations. Parfois surgit à l'improviste, dans le noir l'ombre furtive d'un habitant et il faut se coller dos au mur pour laisser passer. J'ai l'impression d'être une chauve souris évoluant dans la nuit d'un cachot mais mon sonar est en panne aussi m'arrive t'il d'embrasser un Berbère au débouché d'une porte et après le pas de deux traditionnel et de plates excuses, je me plaque au mur pour céder le passage à ce Belphégor des profondeurs qui disparait dans le noir en maugréant. Arrivé dans un carrefour de couloirs, notre guide nous fait observer que les habitations sont sur plusieurs étages et que de minuscules fenêtres permettent aux femmes de voir ce qui y circule et continuant son chemin dans le noir il murmure ironique : « téléphone berbère ». Soudain, celui-ci s'arrête devant une porte et cherche désespérément à allumer son briquet pour éclairer le passage. Jo, opportuniste, extrait de son sac la lampe de poche qui nous permet de franchir l'obstacle en l'occurrence des escaliers très raides et étroits qui nous mènent vers la lumière du jour. C'est avec un certain soulagement, je dois l'avouer, que je retrouve l'air libre, cette ambiance souterraine un peu oppressante n'étant pas de mon goût.

    Nous nous trouvons dans une sorte de cour, domaine des potiers qui, comme partout ailleurs au Maroc, travaillent à même le sol. C'est une coopérative de sept familles qui exerce de manière traditionnelle, un des plus vieux métiers du monde. L'argile est malaxée aux pieds par de jeunes garçons et les pâtons obtenus sont transmis au potier qui, assit au fond d'une grotte, active d'un pied le tour, sur le plateau duquel, il monte habilement de ses mains humectées, une forme qui deviendra un pot. Il y a sept fours en terre, au sol également, un par famille, dans lesquels seront empilées les poteries qui seront cuites au bois de cèdre, seul combustible adapté d'après notre guide. L'Allemagne à une époque a fait don de deux fours à gaz pour moderniser la fabrication des poteries, mais, trop sophistiquées probablement, ces installations finissent de pourrir dans un coin de la cour. Le bois de cèdre continue d'être acheminé à dos de bourricots des quatre coins de la région et est empilé en tas au bord du chemin. Nous terminerons la visite par le magasin de la coopérative où de véritables œuvres d'art sont exposées.

    Nous rejoignons le 4x4 où nous attendent Bélaïd et son chauffeur et prenons la piste qui, à travers les douars, les palmeraies, les jardins et les vergers nous fait découvrir des paysages magnifiques de la campagne agricole du Draa. La pluie tombe depuis quelques instants et rend la piste glissante mais notre chauffeur se tire habilement des chausses trappes du parcours la musique coranique à fond nous roulons vers le désert. Entre deux murs nous croisons un paysan sur son âne, transportant des bottes de carottes, Bélaïd fait stopper le 4x4 et s'en va négocier quelques bottes qui agrémenteront les tagines et couscous de la semaine. Nous ferons une halte dans « l'oasis sacrée » qui doit son nom à l'eau toujours présente, même par les sécheresses les plus rudes et qui constitue une halte providentielle pour les caravanes de nomades qui traversent la région.

    Quelques photos plus tard, nous reprenons la piste, la pluie redouble, les éclairs déchirent le ciel, c'est un véritable orage qui s'abat sur le désert caillouteux que nous traversons. L'eau ruisselle partout et la piste devient boueuse, notre chauffeur doit souvent rebrousser chemin pour trouver un passage entre les rochers et retrouver plus loin la bonne trajectoire. La grêle à son tour vient claquer aux fenêtres de la « Mitsubishi » et nous n'y voyons plus guère mais il en faut plus pour déstabiliser notre chauffeur qui continue sa route en nous propulsant au plafond. Bélaïd nous dit que cette période pluvieuse est une bénédiction pour les nomades et leurs animaux mais nous annonce le soleil et le ciel bleu dans les dunes, but de notre voyage. Le spectacle de cette fin d'orage sur le désert est de toute beauté, l'eau court partout, d'un côté, le sol est rayé de galets blancs et noirs comme disposés par une main invisible. De l'autre, les vagues de sable à l'infini et l'herbe verte qui tapisse le sol, puis, au loin l'arc en ciel, c'est féérique !

    La pluie a cessé depuis un moment quand nous arrivons à un village de tentes berbères perdu dans les dunes. Nous y déjeunerons d'un tajine, sur une table basse servie par notre hôte toujours prompt à nous faire plaisir. En arrivant nous avons remarqué le troupeau de dromadaires entravés quelques tentes plus loin, destiné à notre digestion. C'est donc vers ces charmantes bestioles que nous nous dirigeons pour une séance de 4x4 berbère. Nous assistons au bâttage de la bête destinée à Jo. L'animal ne semble pas du tout d'accord avec son chamelier sur l'attitude à adopter devant la « Reine du désert » aussi, manifeste t'elle énergiquement en balançant son cou de tous les côtés pour éviter le licol. Le mien, l'œil torve, l'écume aux lèvres, la tête au ras du sol n'attend que le bon moment pour me jouer un tour à sa façon, je le devine à son air « faux cul ». Nous enfourchons nos montures avec l'aide du chamelier et agrippons fermement le guidon prévu à cet effet, la mise debout des dromadaires nous donne un aperçu du confort relatif des « vaisseaux du désert ». Balancés d'avant en arrière, crispés, tendus, cramponnés à notre guidon comme à une bouée de sauvetage, nous louvoyons dans les dunes sans vraiment les voir. Je me retourne pour observer Jo et l'encourager mais, bizarrement tout va bien pour elle, il faut dire qu'elle a déjà passé son permis de dromadaire en Tunisie lors d'un précédent voyage, rien ne remplacera jamais l'expérience. Mon méhara émet des bruits bizarres, une sorte de rôts caverneux qui ne me prédisent rien de bon, puis la langue pendante, il redresse la tête et dans un frrrrr... rageur m'asperge la jambe droite d'un flot de bave puante .Je le savais , me voici baptisé « nomade berbère ». Après trois quart d'heure d'une promenade moyennement appréciée, la pluie revient à la charge, notre 4x4 nous rejoint et nous évite ainsi la rincée. Je change de monture sans un regard pour ce vil animal bossu, afin de bien lui signifier mon dédain.

    Nous reprenons la piste détrempée et les glissades succèdent aux dérapages, les embardées aux patinages mais toujours stoïque notre pilote enturbanné au bout de deux heures, pointe du doigt des formes brunes, à peine visibles, perdues la bas, au loin dans les sables et nous annonce : « les dunes de Scheg Aga, le camp de nomade ». En fin d'après midi nous arrivons enfin à destination, sous le ciel bleu et le soleil annoncé ce matin par Bélaïd, je le félicite pour la qualité de son organisation. Son bon gros rire résonne dans les dunes et une claque amicale dans le dos me coupe le souffle. Nous sommes accueillis par le personnel et le traditionnel thé à la menthe. On nous installe sous la tente qui nous abritera pour la nuit et pendant la préparation du repas nous découvrons le camp et les dunes. Monté de toute pièce pour les « crapahuteurs du désert », ce bivouac n'a de berbère que sa ressemblance avec un village de nomades, les structures en béton l'attestent, la partie sanitaire aussi, équipée qu'elle est d'un chauffe eau à bois. Peu importe, les dunes elles sont bien en sable balayées par le vent et le ciel d'un bleu profond de carte postale. La pluie a durci le sable en une croute assez résistante, ce qui nous permet de nous déplacer assez facilement. Ainsi, de dune en dune nous nous éloignons et prenons de la hauteur. Aussi loin que porte notre regard, les dunes et le désert, excepté là bas, dans l'ouest une palmeraie et d'immenses pâtures où paissent des dromadaires. Plus au loin encore, des points brunâtres, un autre camp berbère propriété probable d'un tour opérator quelconque.

    Nous rejoignons notre campement et en particulier la tente restaurant où nous attendent les plats traditionnels, salade marocaine, tajine et thé à la menthe préparés par Bélaïd et son équipe. La soirée se terminera autour d'un feu de camp, les chants du Draa, le luth du seigneur du désert, les crotales et les djembés résonnent encore dans nos têtes. La lune et les étoiles éclairent les tentes et les dunes, un troupeau de dromadaires et son chamelier arrivent dans la pénombre pour passer la nuit aux alentours, nous les verrons repartir le lendemain vers leurs pâturages. Le vent et le froid nous poussent vers notre tente pour une nuit rustique dans les volées de sable car il n'y a pas de porte dans la tente berbère mais une couverture qui flottera longtemps au gré des rafales. Au matin, après un petit déjeuner réconfortant, nous reprendrons les pistes dans un désert verdoyant, où des ruisseaux d'eau courent par endroit, nous rejoindrons notre camping en fin de matinée, cassés par les secousses du 4x4 mais heureux d'une belle expérience.


    08-09-10 Février 2009 :

    Le temps est magnifique sur Zagora où nous resterons deux journées supplémentaires ayant décidé de faire renforcer les suspensions de notre camion qui sont mises à mal dans les nids de poule et fondrières des pistes marocaines. Un mécanicien de talent est installé à Zagora, signalé sur notre guide, il intervenait sur les véhicules du Paris Dakar et était particulièrement recherché par les équipes espagnoles qui l'ont baptisé « el gordito » pour sa faconde et sa « débrouillardise ». Je déposerai Totor chez « el gordito » qui ajoutera une lame de suspension par roue et deux amortisseurs renforcés à l'arrière. Le garage ne ressemble en rien à ceux rencontrés sur notre route tant il est spacieux, ordonné, propre et bien équipé. Réalisée sans délai, de qualité irréprochable, pour un prix incomparable avec ceux pratiqués en France, nous ne pouvons que nous féliciter de la prestation. Grand merci à « el gordito ». Jo a soigné un apprenti du garage qui, penaud, a avoué avoir reçu une « raclée » de fatma qui lui a labouré la joue avec ses ongles. La pharmacie décorée par Jo, d'un côté de la croix rouge traditionnelle et du croissant rouge de l'autre a fait sensation dans le garage et chacun des apprentis est venu s'y faire dorloter par l'infirmière de service.

    Nous avons passé une nuit dans la « chambre du calme » mise à notre disposition par Bélaïd. Après un bon couscous, la musique et les chants traditionnels de « Prends ton temps » ont résonné dans la tente, plusieurs camping caristes ont participé à la soirée et une dame, transcendée par le rythme des tambours s'est mise à danser. Au matin nous avons pris le petit déjeuner au soleil en compagnie de notre hôte et avons déambulé dans les rues de Zagora. Nous avons récupéré notre camion au garage en milieu d'après midi et installé celui-ci sur le camping pour une dernière nuit sous les palmiers.
    Après des adieux chaleureux nous avons repris la route et garderons un excellent souvenir de « Prends ton temps ».
    Salut Bélaïd ! Qu'Allah te protège ! Nous nous reverrons un jour Inch Allah !

    Nous remontons la vallée du Draa par la seule route existante en direction de Agdz, nous ne nous lassons pas de ces paysages du sud marocain où se côtoient la verdure des palmeraies et l'aridité ocre du Jbel Sarhro d'un côté et des contreforts noirs de l'Anti Atlas de l'autre. Nous arrivons à Agdz en milieu de journée où le souk a déballé son fatras pour le commerce « hebdromadaire » qui crée l'indispensable remue ménage sans quoi le Maroc ne serait pas le Maroc. Jo y retrouvera son copain Rachid, petit commerçant du coin et musicien à ses heures rencontré à l'aller. Celui-ci la drive au cœur des étalages pour quelques achats et lui fait cadeau d'un CD de son groupe à écouter sans modération ! Bof. Nous rejoindrons le camping de la « Kasbah de la palmeraie » déjà fréquenté à l'aller afin d'y passer la nuit.

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    aït ben haddou - la kasbah un décor de cinéma

     

    01 Février 2009 :

    Au camping de Taborhate, le « Tissa »,  nous avons une vue superbe sur le Haut Atlas et particulièrement sur le Toubkal toujours engoncé dans sa couette blanche. Sur notre gauche nous voyons la route qui serpente dans la montagne et qui mène à Ouarzazate. A droite, une petite palmeraie verdoyante, des paysans y travaillent à l’irrigation de leur potager, quelques ânes, les pattes de devant entravées profitent d’un peu d’inaction pour paître. L’oued « El Mellah » coule un peu en amont de la palmeraie et un petit canal qu’il alimente sert en eau les rigoles creusées  qui iront se déverser dans les potagers. Sur l’autre rive de l’oued, le petit village de Taborhate en pisé rouge, dominé par le minaret blanc de sa mosquée s’étend jusque sur la route d’Ouarzazate. Toute l’activité économique est regroupée sur les bas côtés de celle-ci abritée sous un marché couvert tout en longueur.<o:p></o:p>

    Derrière la mosquée nous apercevons le début de la piste qui mène aux villages que nous devinons au loin adossés à la montagne ; nous irons, à vélo demain les visiter.<o:p></o:p>

    Pour aujourd’hui, nous prenons la direction de la kasbah « d’Aït ben Addou » célèbre pour avoir servie de décors à plusieurs films tels que « Sodome et Gomorrhe », « Laurence d’Arabie », « Gladiateurs »…Ce ksar, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est  un des sites touristiques incontournables du Maroc. Nous effectuerons à bicyclette les douze kilomètres de route au milieu d’un désert de pierres où nous ne croiserons que quelques bergers et leurs troupeaux de moutons. Au milieu de nulle part, une petite construction taguée d’un improbable « FORZA LAZIO » nous rappelle qu’il existe un autre monde. Plus nous approchons d’Aït ben Addou, plus la route s’élève et plus Jo pousse son vélo, courage ma Jo ! Ce sera mieux au retour. Enfin nous atteignons le village et déposons nos vélos sur un parking gardé par un vénérable vieillard sec et noueux comme le bâton qu’il tient en main. A travers les ruelles poussiéreuses, bordées de petits commerces, nous descendons vers l’oued « El Mellah », interpellés à chaque pas pour « visiter à l’intérieur » le magasin.

    <o:p> </o:p>

    aït ben haddou - jo et aliboron

    Nous voici au bord de l’oued et sur l’autre rive, accrochée à la montagne, la majestueuse kasbah de terre et de paille vieille de plus de quatre cents ans maintes et maintes fois modifiée, réparée, transformée mais toujours debout et imposante face au village d’Aït ben Abbou. Pour visiter la kasbah il faut traverser l’oued à gué. L’eau court entre les galets et les sacs de sable positionnés ici et là pour faciliter le passage. Pour ceux qui ne veulent pas se mouiller les pieds ils peuvent emprunter, moyennant quelques dirhams, les moyens de transport traditionnels du Maroc : l’âne ou le mulet, pour le folklore, le dromadaire. Pour ma part je fais le choix du bourricot ayant pour cet animal une affection particulière, Jo préfère se mouiller les pieds, nous nous donnons rendez vous sur l’autre rive. <o:p></o:p>

     

    aït ben haddou - l'intérieur de  la kasbah

     

    De terrasses en greniers à grains et de cages à poules en bergeries, nous gravissons les divers niveaux de cette construction où le soleil ne pénètre jamais, pour arriver au point le plus élevé, dont nous avons une vue imprenable sur la vallée et le village. Des parties de décors de films sont restées sur place à l’abandon, d’autres créés de toute pièce, font maintenant partie intégrante de la kasbah. Certaines pièces ont été aménagées pour devenir des magasins de souvenirs et d’artisanat local, d’autres sont habitées par quelques familles qui doivent tenir leur porte ouverte pour les visites. Par les ruelles caillouteuses et les venelles en pentes abruptes nous rejoignons l’oued que, cette fois, Jo, traversera à dos de mulet. Don Quichotte de Comté et Sancho Pansa de Lorraine à la conquête des moulins à vents marocains dans un film à deux ronds ayant pour décor le ksar d’Aït Ben Addou, ça doit pouvoir s’imaginer ?<o:p></o:p>

    Ayant changés de destriers, le retour vers notre camping se fera en douceur, la route penchant, cette fois dans le bon sens pour le plus grand plaisir de Jo.<o:p></o:p>

    02 Février 2009 :<o:p></o:p>

    Au réveil, ce matin, le vent d’ouest donne de la gueule, les rafales qui descendent de l’Atlas secouent notre camion comme un prunier et la température baisse rapidement. Notre balade en vélo prévue aujourd’hui est d’ors et déjà reportée à une date ultérieure. Le linge que Jo a mis à sécher dehors ira au sol et sera roulé dans le sable rouge du camping. Nous restons à bord et attendons des jours meilleurs. Plus les heures passent et plus le vent forcit, levant avec fureur le sable en un nuage rouge qui vient cingler la tôle de Totor et obscurcit l’horizon. Le sable s’infiltre partout, nous en avons sur les lèvres et chaque objet que nous touchons en est recouvert, bonjour le ménage. En début d’après midi, le vent se calme et la pluie prend le relais lavant l’atmosphère de sa poussière et plaquant celle-ci au sol.<o:p></o:p>

     Vers les seize heures, le vent est complètement tombé, la pluie a cessée et le soleil éclatant réapparait dans l’ouest et dans un ciel d’azur, les sommets du haut Atlas paraissent encore plus blancs. Abdellah, le sympathique gérant du camping nous confirme que souvent le vent d’ouest apporte la neige en montagne. Abdellah, depuis que nous sommes arrivés, vient nous visiter régulièrement pour voir si tout va bien, il nous apporte du pain, nous offre le thé à la menthe, ce soir il nous montre les photos de trekkings qu’il organise pour ses clients dans la vallée de l’oued El Mellah, nous conseille pour des visites dans la région. Ce garçon est d’une gentillesse remarquable et avec son équipe, d’un professionnalisme peu commun. Son camping mérite bien la bonne note du guide « Gandini ». <o:p></o:p>

    03 Février 2009 :

    <o:p> </o:p>

    aït ben haddou - le village depuis la kasbah

    Le soleil, en passant la montagne éclaire la vallée du Mellah, quel spectacle magnifique ! J’avais oublié depuis longtemps ces levers de soleil qui vous enchantent le cœur pour la journée. Les couleurs de la nature qui m’entoure sont exacerbées et ce ciel qui n’en peut plus de beauté bleue embrasse les montagnes du « jbel Bani » et les pousse vers le devant de cette scène des millions de fois rejouée de la naissance du monde. Les amandiers en fleurs en ce printemps marocain complètent ce tableau de rêve digne d’un Claude Monet.<o:p></o:p>

     Nous prenons notre temps pour petit déjeuner et en début d’après midi enfourchons nos vélos, direction la piste vers la mosquée. Après avoir passé les dernières bicoques du village de Taborhate, nous longeons les champs parcellés en carrés pour retenir l’eau où le blé, déjà bien avancé, donne une couleur d’un vert profond contrastant avec le rouge et l’ocre des collines qui nous entourent. Des chiens errants font mine de ne pas nous voir mais je remarque bien qu’ils surveillent chacun de nos mouvements. Je ramasse une pierre au cas où !!! Ici, les chiens vivent en totale liberté et courent la nature en véritable meute. Jusqu’à présent nous n’avons pas eu de problème car en général, ils se méfient des gens, qui les caillassent, dès qu’ils sont à portée et prennent la fuite. Par contre, la nuit, nous les entendons aboyer, ils approchent des villages en quête de nourriture, c’est une des plaies du Maroc.

    <o:p></o:p>

    <o:p>tikirt - la kasbah - 2</o:p>

    <o:p></o:p>

    Nous arrivons à « Tikkirt » et par le chemin défoncé qui le traverse, nous atteignons le centre tout en hauteur qui nous fait dominer le douar. Une vieille kasbah en pisé, quasiment en ruine, surplombe  les maisons construites en parpaings grossiers, fabriqués à la main et posés les uns sur les autres dans un alignement approximatif. Les ferrailles rouillées et tordues dépassent dans tous les sens et du linge sèche à tout ce qui dépasse. Des détritus  partout et des gosses qui jouent en riant sous l’œil des fatmas, assises à terre, contre les murs. Certains enfants nous abordent et réclament des bonbons, des stylos, et des dirhams, les fatmas s’éclipsent discrètement derrière la porte en fer peinte à l’antirouille rouge de leurs maisons mitoyennes toutes identiques. Nous évitons d’entrer dans ce jeu national que pratiquent même des « bouts de choux » de trois ou quatre ans connaissant déjà la leçon par cœur. Un jeune homme nous propose la visite de la kasbah, il s’appelle Hassan, il a vingt quatre ans et est vêtu d’une belle djellaba blanche. Nous posons nos vélos et le suivons volontiers. La kasbah est aujourd’hui inhabitée, abandonnée, mais  ses belles fenêtres en ogive laissent imaginer la vie grouillante d’une petite cité marocaine du temps passé. J’interroge Hassan sur son métier, évasif il me dit travailler à sa maison, le travail, il n’y en a pas par ici, il nous invite à manger chez lui, nous déclinons gentiment, une pièce glissée discrètement dans la main, je le remercie et nous prenons congé.

    <o:p></o:p>

    <o:p></o:p>

    <o:p></o:p>

    <o:p></o:p>

    <o:p></o:p>

    <o:p>

    tikirt - zaouit - jo sur la piste
    </o:p>Nous passons devant la mosquée qui, par ses murs blancs et sa terrasse rose et jaune tranche dans le décor gris du village. Nous reprenons la piste et dans un paysage lunaire de pierres et de roches avançons vers le douar de « Zaouït ».Le chemin slalome à travers les collines où quelques chèvres retournent les cailloux, à la recherche de brins d’herbe, sous l’œil d’un berger accroupi au sol, appuyé sur son bâton. Nous nous retrouvons au bord de l’oued « El Mellah » que nous devons franchir à gué. Chaussures autour du cou et chaussettes dans les poches nous poussons nos bicyclettes dans l’eau boueuse et atteignons l’autre rive sans encombre. Nous traversons des champs où les amandiers en fleurs embaument, les branches des palmiers se balancent doucement dans le souffle léger du vent, tout est calme sous le soleil chaud de ce début d’après midi. De temps en temps nous croisons un paysan sur son bourricot, ou une fatma courbée sous son chargement d’herbe ou de roseaux, nous nous saluons et continuons notre chemin. <o:p>
     
    </o:p>

    pat traversant à gué l\'oued el mellah

    Un marabout, des tombes et des cailloux dressés vers le ciel, c’est un ancien cimetière juif entouré d’un muret de pierres. Plus loin, des amandiers en fleurs dans une enceinte en pisé rouge annoncent le douar que nous atteignons au détour de la piste. Une vieille kasbah en ruine termine sa vie sur le côté du chemin, de l’autre, le village de Zaouït avec ses maisons en parpaings où nous ne rencontrons âme qui vive. Les gens sont dans les champs et les enfants à l’école, nous en avons rencontré quelques uns, qui, à vélo ou à pieds, font la dizaine de kilomètres qui séparent Zaouït de Taborhat pour s’y rendre. Nous traversons le douar où un château d’eau est en construction, un chien nous accompagne à distance et reprenons le chemin du retour. Nous passons devant une belle maison neuve avec un break Nissan neuf dans le garage ouvert, probablement le propriétaire de la grande oliveraie que nous voyons sur la colline.

    Une pensée pour notre nouveau blogueur : GASPAR et ses parents AURELIE et VIANNEY.

    <o:p></o:p>

     


    2 commentaires
  •  
    camping manzil la tortue - route de ouarzazate à marrakech
     

     

    13 au 30 Janvier 2009 :<o:p></o:p>

    Nous nous sommes donc détournés de notre itinéraire d’origine (ce n’est pas grave car nous n’avons pas d’itinéraire prévu) pour un problème d’étanchéité de climatisation et pour remplacer le capot de celle-ci, explosé aux environs de Dax. Nous resterons à « Manzil la tortue » dix sept jours. Si la fuite d’eau fut vite et bien étanchée, la fabrication du capot a posé beaucoup plus de problèmes. Heureusement, André Lechat et sa gentille épouse Pascale se sont mis « en quatre » pour nous rendre l’attente la plus agréable possible .Nous avons ainsi visité Marrakech de long en large et les souks régionaux du « sol au plafond ». Le temps n’était pas toujours à la hauteur de sa réputation sous cette latitude mais, globalement, nous avons apprécié notre séjour dans ce camping qui deviendra probablement un des meilleurs du Maroc une fois les travaux terminés. Mon plaisir, le matin au réveil, admirer les montagnes enneigées de l’Atlas dans le soleil levant. La pureté du ciel donne une lumière que nous ne connaissons plus en France du fait de la pollution de l’air, sauf en haute altitude peut être.

     

     

    <o:p> </o:p>

    camping manzil la tortue - route de ouarzazate à marrakech -2-

     

    Nous-mêmes avons décidé de continuer vers le sud marocain et prenons la route d’Ouarzazate. Après des « au revoir » chaleureux nous quittons André, Pascale, Guy, Carmen et empruntons la piste qui nous conduira sur la route nationale. Cette piste caillouteuse et crevée de trous nous oblige à rouler lentement. Un camping car arrive lentement en face et se range sur la droite pour nous faciliter le passage. Nous arrivons à sa hauteur et  remercions le chauffeur de sa démarche, c’est la famille Maire d’Ennery, village jouxtant Chailly les Ennery que nous avons habité durant sept années. Nous avons en commun le médecin du village qui m’avait appris que les « Maire » partaient chaque année au Maroc pour y passer l’hiver. Le hasard fait que nous nous croisions ici à quatre mille kilomètres d’Ennery. Nous ne nous connaissons pas mais ce n’est que partie remise.<o:p></o:p>

    Il fait très beau et nous admirons les paysages de l’Atlas qui défilent, la route s’élève lentement mais régulièrement. Nous devons franchir le col de Tiz-N-Tichka à deux mille deux cents soixante mètres, Totor ne rechigne pas et s’acquitte allègrement de sa tâche. Nous nous arrêtons sur un parking vers Taddert pour admirer l’époustouflant spectacle des montagnes de pierres et de la forêt de chênes verts quand nous sommes abordés par un vendeur de minéraux. Je ne sais pas d’où il sort mais il est à bicyclette (un biclou en fait) et est rapidement rejoint par un compère probablement largué au sprint dans la montée (nous sommes tout de même à mille six cent mètres d’altitude).Commencent alors d’âpres négociations autour de trois boules de cobalt successivement sorties des sacs de nos vendeurs qui se « tirent la bourre » pour enlever le marché. Mises à prix à cent cinquante dirhams, devant la détermination de Jo, les prix chutent à grande vitesse, on peut même faire du troc et finalement le perdant de la course de vélos emporte l’affaire pour vingt dirhams, une veste de survêtement, deux bouteilles de vin rouge marocain et deux boîtes de sardines Espagnoles. Il y a toujours une morale dans le commerce comme dans les fables de la Fontaine, je vous laisse imaginer celle qui conviendra le mieux à cette histoire.<o:p></o:p>

     Le commerce de fossiles et de minéraux est très important dans cette partie de l’Atlas et il faut être connaisseur pour discerner les vrais fossiles des faux made in China. Nous reprenons la route du col de Tichka que nous franchissons sous un soleil éclatant et la neige qui borde la route. Dans la descente nous admirons des villages berbères en pisé rougeâtre avec leur mosquée dressée vers le ciel. L’eau des montagnes ruisselle partout et nous ne nous lassons pas de ces panoramas majestueux que Jo « mitraille » de son appareil photo. Alors que nous sommes arrêtés pour une photo, un Berbère déboule à grandes enjambées pour nous saluer et nous souhaiter la bienvenue, il est très souriant, se prénomme Abdou et nous apprend que son tonton travaille à Mont Saint Martin près de Longwy. Il nous parle d’Amnéville comme du village voisin d’Aguelmous qu’il habite. Jo est sans voix et Abdou l’invite à visiter son petit commerce de pierres et fossiles qu’il tient là, juste dans le virage. Elle en reviendra avec une rose des sables plus vraie que nature. <o:p></o:p>

    Ce voyage plein d’imprévus se poursuivra comme il a commencé ;  en effet, sur le bord de la chaussée quelques kilomètres avant Ouarzazate nous remarquons un véhicule capot levé, deux jeunes nous font des signes désespérés et nous font comprendre qu’ils ont besoin d’aide. Nous nous arrêtons et l’un d’eux nous demande d’apporter le message qu’il a écrit sur un bout de papier à son oncle à l’entrée de la ville, six cents mètres après la station « Total ». Son oncle dit-il viendra alors le dépanner. D’un côté du papier un plan coté en bonne et due forme et de l’autre un message en arabe illisible pour nous. Nous repartons en promettant d’accomplir notre mission. Sauf que le camping « Tissa » que nous devons rejoindre se trouve quinze kilomètres avant Ouarzazate, nous nous présentons à l’accueil de celui-ci et informons notre interlocuteur de la démarche que nous devons accomplir. Sceptique, celui-ci nous demande de lui remettre le message et nous explique la supercherie. L’adresse correspond à un Bazard d’Ouarzazate où nous aurions été chaleureusement accueillis par le marchand, verre de thé en main ; pour nous remercier, il  nous aurait invités dans sa boutique pour acheter pas cher. Ce mode de « rabattage » est courant au Maghreb mais chassé par la gendarmerie royale car illégal.<o:p></o:p>

    Sans regret, nous nous installerons pour la nuit face au « Toubkal » point culminant du Maroc (4160 m), sous un ciel constellé d’étoiles et la lune en bannière ! <o:p></o:p>


    1 commentaire
  •  
     
    ceuta - la douane marocaine
    La douane marocaine

    ARRIVEE AU MAROC

     6 janvier 2009 :

    Nous sommes réveillés de bonne heure car nous devons être au port à sept heures afin d'embarquer à huit. Nous faisons le trajet Palmones Algésiras le port en quinze minutes et nous sommes en fin de file d'attente dans la travée d'embarquement. Nous déposons nos billets et nos passeports à la gare et recevons nos fiches d'embarquement. L'équipage du bâteau nous guide dans les manoeuvres d'approche et Totor est positionné et bloqué par des taquets dans la soute du "Millénium Dos". Nous suivons les voyageurs dans les escaliers et nous nous installons dans les sièges confortables, derrière les vitres et face à la mer. A huit heures les moteur tournent au ralenti et nous quittons le port au jour naissant. Trente cinq minutes plus tard nous entrons au port de Ceuta, enclave ibérique sur le continent africain.

    Le débarquement se fait en quelques minutes et nous passons la douane espagnole sans même ralentir l'allure. Nous arrivons à la douane mrocaine et sommes bloqués dans la file d'attente des campings car. Jo, ayant bien appris la leçon des démarches administratives d'entrée en territoire marocain, se lance dans les bungalows douaniers et policiers munie de ses fiches vertes en trois exemplaires, blanches en double, pièces d'identité, etc... Elle revient radieuse  avec ses pièces tamponnées en moins d'une demi-heure en expliquant que nous sommes en règle et pouvons partir. Sauf que nous sommes au Maroc et en queue du peloton des campings car et il faut attendre que ceux qui sont devant aient réglé leur problème et libèrent le passage. Nous attendrons ainsi une bonne heure avant de nous faufiler jusqu'à la barrière déplacée au gré des exigences des douaniers marocains. Nous passerons en louvoyant dans le flot des véhicules de toute nature et enfin nous sommes en terre d'Afrique. Nous nous dirigeons vers la côte est, côté méditerranée, pour atteindre Martil où nous passerons notre première nuit sur le camping "Al Boustane".

    Ici, l'eau des intempéries des jours précédents coule partout, surtout sur la route en absence de réseau d'évacuation. Des hommes avec pelle et pioche tentent de créer des fossés afin d'y diriger le flot boueux mais ces moyens dérisoires n'ont aucun effet d'autant que la circulation est intense, interdisant pratiquement ce travail, de toute manière inutile.

    Première constatations, les marocains roulent à fond sans aucun regard sur la signalisation et sans égard pour les policiers impuissants à réguler le flot des camions surchargés et des véhicules pourris qui entrent et sortent de la zone franche pour le commerce des produits détaxés. Sans surprise d'ailleurs, un accident de la route impliquant plusieurs véhicules, provoque un bouchon conséquent. Policiers et badeaux palabrent autour des ferrailles fumantes, pour le bouchon "Inch Allah".

    Ce qui frappe également, c'est le nombre important de taxis verts et jaunes, exclusivement "Mercedes" des années quatre vingts plus décatis les uns que les autres, roulant en trombe, surchargés, dans les rues. Beaucoup sont également en panne sur le bord de la route attendant, capot levé, une intervention divine. Les transports en commun pratiquement inexistants sont remplacés par les taxis, on y monte jusqu'à sept personnes avec le chauffeur, diminuant ainsi le prix de la course.

    Le Maroc est le royaume de "Mercedes" pour la voiture et l'utilitaire, aussi sommes nous bien intégrés dans le paysage local avec notre camion.

    Le camping "Al Boustane" est à l'image du Maroc. Les douches par exemple : un chauffe-eau rouillé pendouille de travers au mur, une bouteille de gaz sans âge alimente celui-ci par un tuyau en caoutchouc, deux robinets dont un sans volant sont supportés par les tuyaux tordus, un autre tuyau recourbé fait office de douchette. L'eau tiède n'y est disponible qu'épisodiquement, chaque fois que le chauffe-eau encrassé voudra bien s'allumer.

    Les toilettes : à la turque, pas de chasse d'eau, mais un robinet positionné au mur à l'avant et un petit seau en plastique à la disposition de l'utilisateur. Notre logique européenne aurait voulu que le robinet soit positionné au mur arrière rendant l'usage du seau inutile.

    Après notre installation, nous sommes allés diner au restaurant du camping. L'accueil y est chaleureux, le "tajine au poisson" une merveille, Jo a beaucoup aimé.

    Le chant des "Muezzins" appelant à la prière retentit, porté par les haut-parleurs du sommet des minarets des mosquées vers les quartiers de la ville. J'ai encore dans la tête cette mélopée qui, lorsque j'étais petit garçon, à Souk-El-Arba, m'effayait un peu le matin à l'aube et le soir à la tombée du jour.

     

    MARTIL

    7, 8 janvier 2009 :

    C'est le muezzin local qui nous réveille ce matin. La douche froide à "Al Boustane" est vite expédiée, Jo préfère celle du camion, je la comprends. Après le petit déjeuner, nous nous rendons chez un médecin en ville car Jo a un petit problème de pied. Un policier très avenant nous indique le chemin qui  mène chez le Docteur Mohamed Laroussi. Un petit passage en salle d'attente et Jo est prise en charge par le médecin qui lui rédige une ordonnance. Un détour par la pharmacie locale, il y en a à tous les coins de rue, et nous entamons la visite de Martil.

    Nous sommes régulièrement interpelés et salués par les gens qui toujours nous souhaitent la bienvenue au Maroc, les enfants traversent la rue pour nous dire : "Bonjour Monsieur, Bonjour Madame !" chacun veut savoir d'où l'on vient. Un homme en voiture s'arrête à notre hauteur et nous souhaite la bienvenue. Quelle chaleur et quelle gentillesse, nous sommes touchés par cet accueil.  Nous faisons sensation avec notre appareil photo, des filles voilées nous invitent à les photographier ce que nous faisons avec bonheur.

    Le bord de mer est destiné aux touristes et les trottoirs en réparation seront, je le suppose, terminés pour la période estivale. Mais derrière cette façade, c'est un autre monde, celui de tous les jours pour les marocains, chemins de terre boueuse, détritus, pauvres "gourbis". Nous arrivons dans le souk et pataugeons dans un infâme cloaque, un invraisemblable va-et-vient y règne mais toujours dans la bonne humeur malgré les conditions dues aux intempéries. Chacun essaie de se frayer un passage parmi ce méli-mélo de charrettes à bras croulant sous la charge, de vélos délabrés, de chars à roues voilées chargés jusqu'au ciel tirés par une mule ou un "bourricot" efflanqué, de mobylettes pétaradantes lancées dans un gymkhana au milieu des burnous et djellabas en déroute.

    A droite et à gauche, des étals de fruits et légumes, de poissons triturés, soupesés, malaxés par une multitude de mains. De pâtisseries rebondies, avachies et dégoulinantes de miel. De la vaisselle ébréchée sans style et sans âge, des ustensiles de récupération, des chaussettes et chaussures d'occasion, des gamelles, des bassines, des bidons, des poules et des coqs aux pattes liées, des collines d'épices odorantes et colorées, des fruits séchés, des pièces détachées de bicyclettes, des pneus usagés, des vêtements aux vies et style multiple. Des cigarettes et des mouchoirs en papier vendus à l'unité. Chaque ruelle nous emmène vers un autre univers de petits commerces et d'artisanat mille fois décrits, mille fois peints, par des poêtes et artistes inspirés mais ce qui n'est pas descriptible, c'est le mélange d'odeurs les plus douces et les plus suaves mais aussi les plus aigres et les plus insupportables. Et ce brouhaha, ces cris, ces chants, ces musiques, ces pétarades qui vous mettent la tête à l'envers. Le souk c'est la cour des miracles, c'est la vie fourmillante, c'est le Maghreb dans sa beauté et sa grandeur.

    En revenant par la plage, nous assistons à un mode de pêche particulier. Un petit canot gonflable, chargé de filets et de cordages est emporté au loin par un rameur qui se battra longtemps contre les vagues qui, inlassablement, cherchent à le pousser à la côte. Un second équipier, assis à califourchon sur le tas de filets attend le moment propice pour passer les mailles par dessus- bord. Sur la plage, deux équipes de trois personnes espacées d'une centaine de mètres, tiennent l'extrémité d'un cordage relié aux extrémités du filet sur la barcasse. A bonne distance de la côte, le rameur prend une course parallèle à celle-ci et son équipier déroule le filet. Celui-ci déployé, le canot revient sur la plage et les équipes commencent à tirer sur les cordages et progressivemet ramènent le filet. Aujourd'hui, pas de pêche miraleuse, beaucoup de détritus dans les mailles et quelques minuscules poissons. Travail ingrat dont vivote une dizaine de personnes par équipe. Nous rentrons au camping dans la fraîcheur du soir.

    Il pleut sur Martil comme il pleut dans mon coeur et les sanglots longs des muezzins  nous tirent du lit. Il pleut également dans notre camion. Après étude rapide du problème, il s'avère que la climatisation est en cause. Résultat probable du "coup de fil" reçu à Dax au mois de novembre. Je ne peux rien faire que démonter le capot inférieur et constater que l'eau entre au niveau du joint d'étanchéité. Nous consultons notre documentation et apprenons qu'il n'y a que deux réparateurs de camping-cars au Maroc, un à Marrakech et l'autre à Agadir. Nous prenons contact avec André Lechat à Marrakech qui nous encourage à venir le voir, il a plusieurs solutions et des places disponibles sur son site "Manzil La Tortue" pour nous recevoir. C'est ce que nous ferons et décidons donc de partir dès demain. En attendant, nous irons à Martil pour trouver un cyber-café et consulter notre messagerie, nous reviendrons au camp vers 16 heures et dinerons au restaurant d'"Al Boustane". Un nouveau convoi de camping-cars est arrivé de Ceuta par le bâteau de 8 heures et occupe une grande partie des lieux, ce sont des anglais en "voyage organisé". L'installation électrique du camping  ne supporte pas la charge et s'effondre lamentablement. Jo est scandalisée par l'attitude peu ortodoxe d'un camping-cariste indigne de ce nom, british de surcroît, qui laisse sa vanne d'eaux grises ouverte sur l'emplacement voisin.

     

    SOUK-EL-ARBA-DU-RHARB

    9 janvier 2009 :

    Comme prévu, nous quittons Martil pour Marrakech sous un beau soleil. L'itinéraire choisi nous fera passer près de Souk-el-Arba-du-Rharb, village que la famille a habité pendant deux ans en 1955 et 1956. J'y avais prévu une visite spéciale, pas forcément maintenant mais puisque l'occasion se présente, pas d'hésitation. J'ai des souvenirs très précis de cette période très heureuse de ma jeunesse et des images intactes dans ma tête. Mon père, gendarme, ma mère, belle dans sa trentaine, le bâtiment et ses six logements avec les cheminées sur lesquelles nichaient les cigognes, la cour, le puits où nous nous réfugions ma petite voisine Monique dont j'étais amoureux et moi-même, les jardins, les orangers, la chaleur, la petite école que nous fréquentions ma soeur, mes frères et moi, la poste à côté puis la grande place du souk, le petit hôpital où travaillait notre tante "Poupe" si gentille. Ce retour sur le passé me fait un peu peur après cinquante ans.

    Par Tetouan, Larache, Ksar-el-Kébir, nous traversons les rizières inondées et plusieurs fois l'oued Loukos ; près d'Arbaoua nous passons près de la réserve de chasse et sur un pont quasiment en ruines. Des chiens se repaissent comme des chacals d'une carcasse de vache crevée sur le côté de la route. Les carioles tirées par des petits chevaux arabes très nerveux circulent dans tous les sens. Cette partie du Rharb est très marécageuse du fait des débordements fréquents du Sebou, le plus grand fleuve marocain. Celui-ci prenant sa source dans le Rif se jette dans l'océan à Kenitra. Cette région a fait, du temps du protectorat français, l'objet d'énormes travaux de drainage et est aujourd'hui le grenier à riz du Maroc. Des oiseaux de toutes sortes, dont les cigognes, y trouvent le gîte et le couvert. Nous arrivons à Souk-El en fin d'après midi dans une cohue indescriptible. Je sais que nous habitions sur la route de Meknès mais il me faut l'aide de la police urbaine pour me diriger. Le policier très sympa à qui j'explique mon but me dit que la gendarmerie, dont une partie est ancienne, est toujours existante à côté de la poste et m'indique le chemin. Le coeur battant je reviens vers Jo qui, malgré les arcanes de la route, m'emmène à destination. Le bâtiment est là, sous mes yeux, comme en 1956 mais dans un état de décrépitude avancé. Une rangée de pins a poussé entre le bâtiment et la route, un mur d'enceinte a été construit à la place de la barrière d'origine. Les cheminées sont toujours là mais les fenêtres battent au vent et les pigeons ont remplacé les cigognes. Deux gendarmes royaux montent la garde au portail d'entrée, un petit bâtiment a été construit à la droite de celui-ci. Je me présente à la garde, explique mon histoire et demande l'autorisation de visiter les lieux. Très gentils, les gendarmes me demandent de patienter et l'un d'eux disparaît.

    Pendant ce temps, je regarde par l'ouverture du portail l'intérieur de la cour et j'aperçois une partie du bâtiment du fond qui abritait les bureaux de la gendarmerie et la prison. J'explique au gendarme éberlué que j'ai fait dans ces lieux un séjour derrière les barreaux. En effet, après une bêtise quelconque, mon papa, excédé, m'a enfermé une heure durant dans le cellule faisant office de prison. Le jeune gendarme, riant aux éclats, m'a assuré que je n'avais rien d'un délinquant. Il m'a dit que le puits n'existait plus (mortes mes premières amours) que les jardins et l'enclos arrière existaient toujours. Une sonnerie retentit, mon interlocuteur répond au téléphone et m'annonce en s'excusant que le responsable n'étant pas là, ils ne peuvent me donner l'autorisation de visite souhaitée. Déçu, je demande l'autorisation de prendre le bâtiment en photo. Ils sont d'accord mais demandent de ne pas figurer sur la photo. Je m'engage à leur montrer celle-ci dès que terminée mais m'assurent me faire confiance.

    Nous rejoignons le restaurant juste en face, commandons un repas et de cet emplacement je fais la prise de vue. Puis je repère les fenêtres de notre ancien appartement, très ému, j'appelle ma maman en France et lui demande si elle a une idée de l'endroit où je me trouve. Après cette partie de devinette, je le lui explique. Je la sens émue elle aussi, elle n'est jamais revenue ici et nous échangeons quelques souvenirs avant de raccrocher. Maman a 88 ans.

    Nous sommes en train de diner quand un gendarme et un civil se présentent très poliment à notre table. C'est le lieutenant responsable de la caserne. Il me demande si j'ai pris des photos du bâtiment en face. Je lui réponds par l'affirmative et celui-ci me demande de détruire les photos car il est interdit de filmer un établissement militaire sous peine de confisquation de l'appareil. La mort dans l'âme je m'exécute et il vérifie par lui-même mon action.

    Nous irons ensuite à la poste, puis à l'école qui maintenant est un lycée de 2000 élèves. Nous sommes assaillis par une trentaine de jeunes qui nous souhaitent la bienvenue au Maroc, nous posent des questions, nous demandent notre avis sur la guerre  israelo-palestinienne, sujet sensible que nous évitons. Ils veulent nos numéros de téléphone, nos adresses mail. Nous expliquons que nous recherchons l'hôpital, deux garçons nous entraînent à travers les rues pour nous conduire. Mohamed et Yacine sont deux braves gosses qui nous disent aimer la France et rêvent de s'y rendre ou en Espagne après leur bac. Devant l'hôpital, je ne reconnais rien et pour cause ce n'est pas le bon. Une dame sortant des lieux nous demande la raison de notre présence ici, elle est infirmière et après explications nous dit qu'une ancienne dépendance de cet hôpital, mais quelques rues plus loin, serait bien le bâtiment recherché. Nos jeunes amis se font un plaisir de nous guider et nous trouvons les lieux. Bien qu'en piteux état, je reconnais immédiatement ce petit établissement où travaillait ma tante. C'est aujourd'hui un squat en fin de vie.

    Nous retournons à notre camion pour rechercher un endroit sécurisé afin d'y passer la nuit. Un passage par la gendarmerie et on nous recommande de nous mettre en relation avec la protection civile juste à côté. Nous rencontrons trois pompiers qui très gentiment nous indiquent le parking en face et nous mettent sous la protection d'un gardien. Il se nomme Daoudi, moyennant quelques dirhams il passera la nuit sur place et veillera personnellement à notre sécurité. Nou sympatisons et prendrons la photo de famille qui fait tant plaisir aux marocains. Nous nous engageons à leur faire parvenir un exemplaire et nous nous saluons chaleureusement avant d'aller dormir.

     

    MARRAKECH

    10, 11, 12 janvier 2009 :

    Au petit matin, Daoudi nous réveille, je remercie notre gardien qui a six enfants et nous reprenons la route en traversant Souk-El qui à l'époque nous y habitions devait compter 2000 habitants environ. Aujourd'hui c'est une ville de 20 ou 30 000 personnes. Nous repasserons par ici en revenant. Je tenterai une nouvelle fois ma chance et, qui sait ?

    Salam Souk el !

    Nous roulons sous un beau soleil en direction de Kenitra par la route nationale, nous traversons des rizières où des paysans, sur des charrettes boueuses et des chevaux crottés, s'activent autour de leur lopin de marigot. Des bergers accroupis gardent leur maigre cheptel au bord de la route et nous saluent au passage. Une voiture est arrêtée sur le bas côté, son chauffeur est en prière sur son tapis. Nous sommes souvent dépassés par des camions surchargés roulant à fond au mépris des bandes blanches qui n'ont ici aucune signification. La route nationale nous fait traverser Kenitra. Je comprends vite que c'est une erreur. Dans les fondrières de la ville et une circulation anarchique nous nous frayons un passage laborieux au milieu des charrettes, vélos, triporteurs, camions, bus, voitures, moutons, piétons, motos, ânes dans un concert d'avertisseurs.

    La police a renoncé depuis longtemps devant cet enchevêtrement inextricable et se contente de regarder le spectacle. Bien entendu la signalisation est absente et nous sommes vite perdus. Une voiture Mercedes noire immatriculée à Paris essaie depuis un moment d'attirer notre attention et nous oblige à nous arrêter. Le monsieur se présente Mohamed Ben..... Il est de la gendarmerie royale et fait partie du groupe d'intervention rapide. Il voit que nous sommes perdus et nous propose son aide. Il nous dit avoir fait partie de la protection rapprochée de Jacques Chirac et de Omar Bongo, surtout de sa femme et effectue régulièrement des déplacements à l'étranger pour le compte de son employeur dont il assure la sécurité et nous montre au passage une paire de menottes. Pour nous prouver sa bonne foi, il nous montre ses cartes professionnelles aux couleurs du Maroc et de la France ainsi qu'un document d'accréditation du ministère de l'intérieur français. Il souhaite nous inviter à passer quelques jours de vacances dans sa maison de Kenitra dont il  nous remettra les clés et mettra sa seconde voiture, la même que celle-ci à notre disposition.

    Il a quatre enfants et son garçon de 19 ans nous guidera dans nos visites de la région. Il habite une résidence dans un quartier sécurisé qu'il nous montrera au passage. Il nous communique trois numéros de téléphone pour le joindre et déclare faire cette démarche pour faire du bien autour de lui, Dieu lui ayant fait du bien dans sa vie, il se sent redevable envers lui. Nous lui expliquons que nous avons un rendez-vous à Marrakech pour une réparation sur notre véhicule et que nous somme attendus. Jo et moi le sentons sincère mais les français que nous sommes, ne sont pas habitués à ce type de comportement. Au retour nous repasserons par Kenitra et l'appellerons pour le revoir. Il nous indique la route et nous nous quittons à regret.

    Nous retrouvons notre chemin et par l'autoroute cette fois, passerons Rabat puis Casablanca avant de piquer au sud vers Marrakech. Les palmeraies nous annoncent la ville et les pics enneigés du haut Atlas se profilent à l'horizon dont le Toubkal qui culmine à plus de 4000 mètres. Le terre-plein central des autoroutes du Maroc est occupé par des femmes qui y cueillent de l'herbe pour leurs moutons. Des troupeaux de moutons ou de vaches entravées paissent sur le bas-côté et les bergers assurent la  garde depuis la bande d'arrêt d'urgence. La police circule en moto à contresens sur la bande d'arrêt d'urgence et régulièrement des gens traversent l'autoroute sans se presser, ici on prend son temps. Nous prenons la route de Ouarzazate où, au kilomètre 12, se trouve l'aire de camping-car de "Manzil la Tortue" but de notre voyage. Nous prenons contact avec notre interlocuteur qui viendra nous réceptionner à une station essence car il faut faire trois kilomètres de piste et traverser deux douars de nuit avant d'arriver à bon port. Une règle d'or au Maroc, ne jamais rouler de nuit car la plupart des deux roues ne sont pas éclairés, les routes non plus. André Lechat, propriétaire des lieux, nous accueille chaleureusement et nous installe pour la nuit.

    Au matin le traditionnel réveil arabe sonne. Le muezzin est à l'heure pour la prière. Il pleut. Nous faisons le tour des lieux et découvrons un site peu banal. En effet, au centre de cet espace d'un hectare trônent deux tentes caïdales berbères qui abritent la famille Lechat, les parents dans l'une et leurs trois enfants adoptifs dans l'autre. Une troisième plus imposante est la salle de réception et de restauration "la tente des Nomades". André et sa femme Pascale nous présentent leur ambitieux projet en cours de réalisation, tourné vers l'accueil des camping-caristes et des 4 x 4 de raid. Une piscine est en cours de finition ainsi qu'un hammam. Ils ont subit des dégâts lors d'inondations récentes et essaient de rattaper le retard engendré. Lui, belge, ancien chef d'entreprise et sa femme franc-comtoise, juge de proximité en exercice, ont décidé de changer de vie et de monter ce projet en commun.

    Nous avons soupé en leur compagnie et fait plus amples connaissances. Nous regarderons notre problème de climatisation demain.

    Au réveil, le temps est ensoleillé, André s'occupe de notre problème d'étanchéité et nous en profitons pour nous rendre à Marrakech et visitons la ville. Nous débarquons dans un embrouillamini de véhicules, de piétons, d'animaux et essayons de nous diriger dans les rues aidés de notre plan. Nous atteignons le jardin "Majorelle" du nom de son créateur nancéien, peintre de son état et ancienne propriété d'Yves Saint-Laurent. Nous nous promenons dans des allées dallées, bordées de cactus, de bambous géants, de cocotiers et de 400 variétés de palmiers. Des bassins et des fontaines où le bleu domine, donnent une sensation de calme, de paix et de fraîcheur, propice au repos et à la méditation.

    Ensuite, nous découvrons la célèbre "Koutobia" mosquée du 12ème siècle au minaret culminant à 70 mètres. Les quatre boules de cuivre couronnant le lanterneau seraient en or pur fabriqués avec les bijoux de l'épouse du sultan Yacoub el Mansour qui les aurait offerts pour se repentir d'avoir transgressé le ramadan en avalant trois grains de raisin. Nous traversons les jardins de la Koutoubia pour atteindre le "cyber parc" offert par Sa Majesté Mohamed VI à la ville de Marrakech. Nous en profiterons pour y consulter notre messagerie.

    Nous débouchons sur la fameuse place "Jemaa-el-Fna", véritable cour des miracles et piège à touristes. Le spectacle y est garanti et à chaque pas nous sommes harcelés par des artistes en tous genres et autres vendeurs à la sauvette ou guides professionnels qui nous entraînent au souk pour visiter gratuitement les échoppes et étals de marchands, tous plus habiles les uns que les autres à vous vider les poches de votre dernier dirham. Nous avons ainsi été entraînés tout au fond de la médina pour une visite gratuite du quartier des tanneurs. Remis entre les mains du technicien spécialiste du traitement des peaux par notre guide, moyennant une petite pièce, celui-ci nous accueille avec un grand sourire. Il nous offre un bouquet de menthe à tenir sous le nez pour masquer l'odeur pestilentielle qui flotte dans l'air, c'est le masque à gaz berbère.

    Nous expliquant les divers traitements des diverses peaux et de bacs de chaux en bacs de teinture, nous entraîne à l'atelier de finition moyennant une somme modique. Remis aux mains du spécialiste de la fabrication qui nous offre un verre de thé à la menthe de bienvenue, nous écoutons attentivement le mode opératoire pour la fabrication des poufs en peau de mouton, des vêtements en peau de vache et des sacs en peau de dromadaire. Nous franchissons la petite porte qui conduit à la fabrication des tapis, on nous fait asseoir confortablement et le spécialiste des tapis étale sous notre nez des tapis berbères, puis des marocains en poils de chèvres, de moutons ou de chameaux faits à la main par les femmes des montagnes. Moyennant la modique somme de 1500 dirhams que vous pouvez régler avec votre carte bleue (mais les espèces c'est mieux et plus avantageux car vous ne paierez pas de commission de change) vous repartez avec un tapis du quartier des tanneurs.

    Ces expériences sont salutaires car une fois compris le mode opératoire, vous ne vous ferez plus jamais prendre....jusqu'à la prochaine fois au quartier des tailleurs. Mais le plus difficile reste à faire, sortir de ce labyrinthe et retrouver la place Jemaa el Fna.

    Mes pensées vont, aujourd'hui à mes adorables neveux et nièces:

    Fabrice,Angélique, Lylou

    Aurélie,Vianney, et leur futur bébé

    Bastien

    Olivier,Lydie,Sarah,Rodolphe

    David,Anne Laure,Mathias

    Carole,Théo

    Emilie,Konrad

    Guillaume

    Cécile

    Mélanie,David,Eliah

    Caroline

    Jordan

    Anne Gaëlle

    Amandine

    Damien

    Julien

    Marion

    Pierre

    Margaux

    Valentin

    Antoine

    Jules

     

     


    5 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique