• FIN DE NOTRE VOYAGE AU MAROC



    taliouine - le camping
    TALIOUINE

    11,12,13,14,15 Février 2009 :

    Direction Taroudant par la route verte 108, les paysages de montagnes de l'Anti Atlas nous laissent sans voix, nous roulons à trente à l'heure pour admirer le spectacle sur une route en excellent état et quasiment sans circulation. La montagne plissée jaune d'un côté sur laquelle est posée à même le sol une canalisation d'eau qui suit donc le relief. De l'autre côté, de la pierre noire volcanique sur laquelle broutent les troupeaux de chèvres et moutons. Nous nous arrêtons pour le plaisir des yeux et pour quelques photos. Nous entendons chanter, c'est un berger qui, se croyant seul, au loin la haut dans la montagne, hurle à tue tête son chant qui, porté par l'écho, nous arrive comme si le chanteur était à côté de nous. Nous passons à proximité des mines à ciel ouvert de nickel d'Irhtem où un village créé de toute pièce vit sous la poussière et isolé du monde.

    Nous passons les cols de Tizi-n-Timlaine (1190m) et de Tizi-n-Taguergoust (1640m) et entamons la descente vers Tazenakht. La circulation devient de plus en plus importante, les gens descendent des douars perdus dans la montagne, vers la ville car c'est jour de marché, comme nous l'indique un vieux villageois emmitouflé dans sa djellaba que nous avons pris à bord alors qu'il faisait du stop assis sur un caillou. Nous le déposerons après moult remerciements aux abords du souk. Nous retrouverons la route nationale 8 en moins bon état que la régionale précédente. Nous surferons sur les sommets de l'Anti Atlas à 1650 et 1886 mètres mais tout de même dominés par le Siroua à notre droite qui pointe à 3304 mètres avant d'atteindre la capitale du safran : Taliouine. Blottie dans un écrin de verdure parmi les arganiers, les oliviers et les amandiers en fleurs. Entourée par les montagnes plissées. Ecrasée par le Siroua. Arrosée par l'oued Asif Iriri. Noyée sous un ciel bleu pur. Illuminée par un soleil chaud de printemps, qui déverse une lumière blanche sur les fleurs multicolores tapissant les jardins qui s'étalent jusqu'à la rivière. C'est ainsi que nous découvrons cette petite ville depuis notre camping en étages « le Toubkal ».



     

    taliouine - apéro avec e. & c. goldingas et les mamours - 2

    Nous nous y sentons bien, tellement bien que nous y resterons cinq jours alors quelle n'était au départ d'Agdz, qu'une étape sur la route de Taroudant .Chaque jour est un plaisir que nous dégustons un peu égoïstement, loin des soucis que nous avons laissés derrière nous. Nous sommes immergés dans notre monde sans journaux, sans télévision, sans radio, sans montre, sans projet pour demain, vivant au jour le jour, aux grés du temps et de nos envies. Nous restons en contact avec ceux que nous aimons par téléphone, messagerie et internet. Nous nouons des contacts éphémères ou durables avec des gens de rencontre. Echangeons nos points de vue de voyage, les bons plans et les autres. Nous visitons tout ce que nous souhaitons. Nous lisons et écoutons de la musique. Broderie, crochet pour l'une, dessin pour l'autre. Nous irons voir ailleurs avant que l'ennui ne s'installe, c'est facile le camping car !

    Ici, toute la vie tourne autour de la petite fleur bleue qu'il faut cueillir à l'aube, avant que le soleil ne sèche sa corole. La poudre jaune est récoltée sur les étamines de la fleur. Ce travail long et fastidieux est effectué à la main, par les femmes d'où le prix très élevé de cette épice utilisée dans la gastronomie mondiale. Groupées en coopérative elles commercialisent environ 60% de la production nationale du safran qui est de l'ordre de quatre cent kilos .Dans chaque restaurant de la région il est difficile d'échapper au safran qui est présent de l'entrée jusqu'au dessert.

                                                                                                            TAROUDANT

    16 Février 2009 :


    C'est par très beau temps que nous quittons un peu à regret ce beau camping de Taliouine après avoir salué nos voisins, un couple de vosgiens dont le monsieur est resté couché (façon d'écrire) deux jours ,malmené par la turista malgré les bons soins d'Evelyne, autre voisine au don (affiché sur son camping-car) de « magnétiseuse » qui a apposé ses mains sur le ventre gargouillant. Le trajet jusqu'à Taroudant s'est fait par une route régionale parallèle à la N8 qui nous a permis de longer l'oued Sous, autre fleuve qui prend sa source dans l'Atlas et se jette dans l'atlantique vers Agadir. Nous traversons la grande région maraîchère de la Tanguerfa où des tapis de fleurs de toutes les couleurs inondent les plantations et les forêts d'arganiers. Nous arriverons en fin d'après midi sous les remparts de Taroudant où nous stationnerons pour la nuit. Nous n'avons pas trouvé le camping que nous cherchions avant la ville aussi avons-nous rejoint le troupeau sur les parkings mis à disposition par la ville en l'absence de vrai camping.



     

    taroudant - en ville - 2

     Taroudant, enfermé dans ses remparts, accessible par plusieurs portes, est une ville qui ne présente pas de caractéristique particulière, nous nous sommes promenés dans son souk couvert et dans les rues encombrées où grouille une vie pareille aux autres villes marocaines. Nous avons également découvert la ville extra muros à la tombée de la nuit et avons fait demi tour pour rejoindre notre camion tant il n'y a rien à voir.

                                                                                                          AGLOU PLAGE

    17,18,19,20,21 Février 2009 :



    C'est un voisin de Taliouine qui nous a recommandé « Aglou Plage », le camping en bord de mer au sud d'Agadir. Après un passage chez « Marjane » à Agadir pour faire les courses de la semaine où nous aurions pu vendre notre camion sur le parking du supermarché, un couple de résidents français au Maroc recherchait ce model de camping car. Nous avons quitté la ville de béton pour prendre la route du sud. Par la route nationale 1, nous rejoignons Tiznit distante de cent dix kilomètres environs, puis nous piquerons à droite sur Aglou Plage, le camping en étages étant à l'entrée du village. Nous nous installons près du mur qui donne sur l'océan. La vue est belle et le bruit des rouleaux qui viennent mourir sur la plage nous bercera tout au long de la petite semaine que nous passerons ici. Il fait trente degrés malgré le vent qui souffle régulièrement, bonjour les coups de soleil que nous n'avons pas sentis venir. Un employé du camping me sollicite pour acheter nos deux vélos, à l'arrière du camion. D'un air triste, il m'explique qu'il a deux enfants, ceux-ci font six kilomètres par jour, à pieds, pour se rendre à l'école. J'ai beaucoup de mal à lui répondre « non » tant je comprends son besoin, mais ma bicyclette étant un cadeau de mes enfants, je ne suis pas disposé à la vendre. Il comprend mais me demande de réfléchir et de lui donner une réponse définitive avant mon départ, ouakha !

    Dans le soleil couchant, nous admirons le balai des ailes volantes s'élançant de la falaise qui domine la ville pour se poser sur le sable de la plage. Le lendemain nous irons barboter dans les rouleaux de l'océan, il n'est pas question de se baigner tant le courant est important, seuls quelques surfeurs se battent contre le flot pour monter sur la bonne vague qui les ramènera sur la plage. Deux dromadaires viendront « prendre les eaux » à Aglou, se rouler dans le sable mouillé et se tremper les pattes dans les vagues, spectacle incongru qui amusera les touristes que nous sommes. Un peu de sport pour terminer une belle et chaude journée.

    Le troisième jour nous attendons avec quelques habitués le bus qui nous mènera à Tiznit pour une visite de la ville. L'antiquité qui se présentera devant nous a déjà vécue plusieurs vies, le capot moteur reste ouvert, probablement afin d'améliorer le refroidissement. La porte arrière par laquelle nous montons est actionnée à la main par un employé, une corde sert à l'ouverture, un coup de pied à la fermeture. Le nuage noir vomis par le pot d'échappement au démarrage nous bouche la vue vers l'arrière. Certes, nous ne sommes pas plaqués à notre siège mais les vibrations nous font vibrer de la tête aux pieds. Nous traversons plusieurs villages par une route goudronnée qui ne dépasse pas un mètre cinquante de large, aussi, chaque fois que nous croiserons un véhicule, le chauffeur devra rouler dans les champs qui bordent celle-ci. Au retour ce sera le contraire, en fait, une règle de « bonne conduite » a été établie ainsi, elle est respectée par tous (enfin presque !).Nous débarquerons au terminus en face de la mosquée, place « El Mansour » le vainqueur, pour ceux que cela intéresse, (suivez ma pensée !). Nous déambulerons dans le souk couvert, il n'y a pas la foule habituelle car nous sommes vendredi, jour de prière. Au Maroc, tout se ressemble, les villes, les douars, les souks et ce qu'on y vend. Pour mon compte, je n'ai plus d'attrais pour ce spectacle. Je préfère de beaucoup les paysages incomparables de ce pays, ils changent toujours, du nord au sud, d'est en ouest, du matin au soir, sous le soleil ou sous la pluie, les montagnes, les plaines, les forêts, les oueds, les cascades, la végétation, le désert, la mer et l'océan, les Berbères, les Arabes, les Rifains.... Les yeux grands ouverts j'admire sans me lasser ce pays magique et j'aime son peuple spontané, accueillant et gentil de nature.

    Nous passerons l'après midi du samedi sur la plage les pieds dans l'eau et marcherons jusqu'aux rochers de granit rose qui abritent du regard des promeneurs, des filles qui se baignent en djellaba. Les voiles commencent à tomber mais combien de temps faudra t'il encore avant de voir le reste suivre ? Nous avons rencontré en ville, des jeunes filles, magnifiques, cheveux au vent, elles ont été insultées par un homme qui les croisait, probablement parce qu'elles ne portaient pas le voile.
    Nous rentrerons au camping avec le vent qui s'est levé, un employé court après des chiens errants qui s'y sont faufilés afin de visiter les poubelles.

                                                                                                                SIDI IFNI

    22 Février 2009 :


    Il fait très beau encore aujourd'hui et il fait trente et un degrés, nous avons projeté de pousser encore plus au sud vers Sidi Ifni et ensuite les Plages Blanches. Avant de quitter Aglou Plage, j'ai rencontré Mohamed qui me relance pour les vélos, je lui confirme mon refus de les vendre, il me sourit et dit : « Ma kayine Mouchkil » d'un air triste (il n'y a pas de problème !) et il s'en va la tête dans les épaules. Le cœur serré, je monte dans le camion et Jo met cap au sud. Nous longerons la côte par la R104, c'est une route magnifique bordée par les collines fleuries de jaune et de mauve d'un côté et les rochers de l'autre. Les maisons sont maintenant blanches et bleues un peu comme les villages Grecs que l'on voit sur les cartes postales. L'océan est vert émeraude et bleu, barré de blanc par les rouleaux poussés par le vent. Plus on avance et plus le vent souffle fort, il lève le sable, les papiers et sacs en plastique. En approchant de Sidi Ifni le soleil est voilé par la poussière de sable en suspension dans l'air. Le camping est plein, nous nous mettrons à l'abri vers les sanitaires à l'entrée, le gérant nous explique que depuis trois jours le vent de sable souffle et les campings cars remontent vers le nord. La météo n'est pas optimiste et annonce encore du vent pour la semaine. Nous n'irons donc pas aux Plages Blanches et repartirons demain vers Tafraoute comme nous l'ont conseillé Guy et Carmen quand nous étions à Marrakech. En attendant nous visiterons cette ancienne ville espagnole qu'est Sidi Ifni et dont il reste quelques bâtiments de style dont l'église perchée sur la falaise, décapitée de sa croix , une place avec fontaine et bancs en faïence, les plaques de rues portent encore des noms espagnols. Nous reviendrons par la plage de galets, encombrée de détritus de toutes sortes, en longeant la falaise jusqu'au camping. Il ne fait pas chaud une fois le soleil basculé dans l'ouest. Nous passerons la nuit dans le sable.

                                                                                                       TAFRAOUTE

    23 Février 2009 :


    Nous quitterons Sidi Ifni dans le vent de sable et rejoindrons Tiznit pour prendre la R104 en direction de Tafraoute capitale de la babouche berbère. Celle-ci part à l'assaut de l'Anti Atlas et serpente dans des tapis de fleurs blanches, jaunes, violettes, c'est d'une beauté rare. Des ravins bordent la route que Jo ne quitte pas des yeux, impressionnée qu'elle est par le vide. Plus on monte et plus le regard porte au loin, nous mesurons à l'œil le chemin parcouru, la route en bas n'est plus qu'un filet gris, le vent nous accompagne toujours mais il n'y a plus de sable. Nous traversons des petits douars accrochés dans la montagne et croisons des mules y portant l'eau. Les bergers nous saluent, nous passerons le col du Kerdous à 1100 mètres d'altitude et nous nous arrêterons au sommet pour quelques photos. Le point de vue est splendide dans le soleil, un véhicule s'arrête à notre hauteur il a remarqué notre plaque d'immatriculation, c'est un ancien mineur de Forbach revenu au pays après la fermeture du bassin houiller. Plus nous approchons de Tafraoute plus la montagne change pour n'être plus qu'un amas de rochers rouges posés les uns sur les autres dans un équilibre précaire. Le camping est plein, nous trouvons une petite place pour y stationner en attendant mieux.

    24 Février 2009 :

    C'est une très belle journée qui s'annonce mais le camping est saturé et les campings cars arrivent encore. Ceux-ci sont dirigés vers un second camping aux abords de la ville et qui s'étend allègrement à l'extérieur jusqu'aux rochers. La ville se prépare à la fête des amandiers qui se déroulera de vendredi à dimanche prochain. Un programme de développement de la production des amandes dans la région est déployé par « le ministère de l'agriculture et des pêches maritimes ». Le ministre, originaire de Tafraoute y est attendu pour l'inauguration. Une route est en construction à l'entrée de la ville, payée des propres deniers du ministre, dixit son neveu gérant du second camping. Vu l'état d'avancement des travaux et des moyens mis en œuvre, je doute fort que celle-ci soit prête en temps et en heure. La suite me prouvera le contraire. En attendant, nous visitons la ville bordée de petites palmeraies et nous traversons les petites rues où se suivent une multitude de petits ateliers de fabrication de babouches. Nous jetons notre dévolu sur un petit commerçant rondouillard et rigolard qui a bien voulu s'intéresser à nous. Grand bien lui en a pris car nous lui en avons acheté vingt paires pour lesquelles, après une âpre négociation il nous a fait son meilleur prix. Nous nous rendrons compte par la suite, que le camping les proposait moins chères encore, nous nous sommes fait rouler encore une fois. Cela ne nous empêchera pas de dormir.

    25 Février 2009 :

    Le soleil est encore avec nous aujourd'hui, des places ce sont libérées et nous pouvons nous installer plus confortablement près du mur. Nous sommes près de l'accueil et la wifi est accessible de notre camion, ainsi nous pourrons visiter notre messagerie et communiquer en vidéo avec la sœur de Jo. Un coiffeur fait le tour des campings car et j'en suis pour une coupe d'été, assis sur une chaise de camping entre deux camions.

    26 Février 2009 :

    La pluie a débarqué cette nuit, elle sera présente toute la journée et nous ne sortirons pas du camion.

    27 Février 2009 :

    Le soleil est revenu mais il fait frais. Nous retournons à Tafraoute, chez notre marchand de babouches pour échange d'une paire qui déteint, avec la ferme intention de passer une bonne « engueulade » à celui qui m'a possédé. Manque de chance, c'est son père, un « chibani » au regard absent, qui, après nos explications, disparaîtra dans le plafond de son échoppe, dont nous verrons tomber plusieurs paires de godasses. Il réapparaîtra quelques instants plus tard avec la paire qu'il nous échangera sans rechigner. Le rondouillard reviendra derrière son comptoir et son bon sourire me coupera tous mes moyens et nous repartirons avec deux paires de pompes supplémentaires.

    Un passage par la route en construction pour me rendre compte que les travaux, malgré une certaine avancée, étaient loin d'être en phase d'achèvement, ils ne seront certainement pas terminés pour dix sept heures, heure prévue de l'arrivée du convoi ministériel. Nous rencontrerons un couple de camping caristes de Méziré (90), venus également pour la fête.
    Nous retournons au camping pour déposer nos achats et vers seize heures retournons en ville pour l'inauguration et le début des festivités. A ma grande surprise, bien que pas terminée, la route a été goudronnée et quelques ouvriers balancent du gravier à la pelle sur le goudron encore fumant. Interdite à la circulation, tout le monde passe par les côtés, elle sera ouverte à l'heure, je n'ose imaginer l'état des véhicules officiels et de la route après leur passage.

    Nous sommes aux premières loges pour voir débarquer la délégation officielle. Le ministre coupera le ruban marquant ainsi le début des festivités .L'armée et la gendarmerie royale sont omniprésentes et Monsieur le ministre fait le tour des tentes berbères, montées pour la circonstance Il découvrira les productions locales, présentées par des femmes en habits traditionnels. Il admirera ainsi les tapis, les broderies, il gouttera l'huile d'argan, les amandes, il revêtira une djellaba, fabriquée et présentée par une coopérative féminine sous les applaudissements et les youyous d'admiratrices empressées. Sur une scène dressée devant un parterre de chaises vides pour l'instant, un groupe de musiciens maliens tente de faire monter l'ambiance, la fête peut commencer.

    28 Février 2009 :

    Il y a de la brume sur les montagnes de pierres. Nous reprenons la route de la ville pour assister à la suite des festivités. Sur la grande place, une cinquantaine de berbères en tenue de cérémonie est alignée. Djellaba blanche, turban blanc, babouches jaunes, poignard au côté, la scène est magnifique. Sous la direction d'un maître survolté, les tambours résonnent et les chants dont le refrain est repris en chœur par les danseurs mettent la troupe en mouvement. Ils feront plusieurs fois le tour de la place en sautillant. La majorité des danseurs sont des anciens, leur visage est beau, digne, empreint de sérénité puisée dans la foi. La danse et la musique leur apportent une joie et une paix qui transparaissent. L'un d'eux dit à Jo qu'il sera heureux de la retrouver au paradis.

    Nous nous promènerons l'après midi dans les rochers, que j'escalade avec une joie enfantine. La vue sur la vallée est superbe car tout est en fleur. Le silence est impressionnant. Nous discuterons avec les gendarmes postés juste à l'entrée du camping, ils nous offrirons gentiment le thé. L'un d'eux se souvient de m'avoir rencontré à Tiznit. Depuis que nous sommes au Maroc, nous avons rencontré beaucoup de gendarmes sur notre route, ceux-ci ont toujours fait le maximum pour nous aider avec professionnalisme et gentillesse, ils respectent les touristes que nous sommes, je les respecte pour ce qu'ils représentent.

    1er Mars 2009 :

    Aujourd'hui, dimanche, le temps est magnifique, nous passons la matinée au nettoyage du camping car, aux vidanges et aux pleins car nous reprendrons la route demain pour Marrakech. Nous irons en ville l'après midi mais la guinguette a fermé ses volets et les petits commerces sont également fermés. Nous ferons une grande promenade dans les jardins le long de la montagne et rentrerons au camping à la nuit tombante. Les paysages de Tafraoute sont particulièrement admirables. Cet endroit respire la paix, c'est avec regret que nous partirons mais il faut bien partir un jour.

                                                                                                               MARRAKECH

    02, 03 mars 2009


    Tafraoute est maintenant derrière nous, la nostalgie s'installe, j'ai l'impression de laisser un peu de moi dans cette région magnifique, c'est la magie du voyage. Par une petite route qui serpente dans l'Anti Atlas, la R 105 et sous un beau soleil printanier, nous avançons vers Agadir. Des hauts sommets de chaque côté, dont le Jbel Lekst qui cache sa tête dans les nuages, là haut, à plus de 2000 mètres, ses flancs éclairés par le soleil dévoilant des petits douars accrochés dans les rochers. Les genêts dorés au milieu d'un tapis de petites fleurs mauves, un troupeau de chèvres, les forêts d'arganiers, nous ne savons plus où poser les yeux tant le paysage est changeant. La route monte raide mais nous sommes dans un paradis de verdure et de fleurs. Nous croisons des femmes cachées sous le voile courant derrière leurs bourricots, un chargement d'herbe sur le dos. Sur un pic, là, sur notre gauche, la kasbah de Tizourgane surplombe la vallée. Une fillette dévale la montagne et vient à notre rencontre, un chevreau dans les bras, elle est fière de nous montrer son petit compagnon ; elle s'appelle Aïcha, elle est jolie et tout sourire. Un vieil homme au regard paisible vient nous saluer ; Jo et moi sommes émus par tant de gentillesse.

    Nous traversons le petit village de Biougra où la vie de tous les jours bat son plein autour des petits commerces ; il faut rouler au pas car les gens, tout à leurs occupations, traversent la route avec leur baluchon, leur charrette ou leur troupeau. Nous atteignons Agadir en début d'après-midi et prenons la route de Marrakech où nous avons rendez-vous avec Guy et Carmen au camping de Manzil la Tortue. Sur les contreforts du Haut Atlas, le temps change et tourne à la pluie. Par la N 8 nous passons le col de Tassadant à 1500 mètres d'altitude. La montagne est rouge comme dans les Vosges et les forêts de chênes verts et de genévriers bordent la route jusqu'à Ilni-n'Tarroute. Nous longeons sur plusieurs kilomètres l'énorme chantier de la future autoroute Agadir - Marrakech qui traversera le Haut Atlas avec des ouvrages à plus de 2000 mètres. Les énormes scrapers et les camions qui œuvrent dans la boue et la roche semblent en équilibre en bordure des ravins. De Chichaoua à Marrakech, la route est monotone et la nuit tombe vite. C'est dans l'enchevêtrement habituel de véhicules de toute nature et sous la pluie que Jo se faufile « à la marocaine » pour rallier la route de Ouarzazate et le camping après la séance 4 x 4 de la piste que nous connaissons bien maintenant.

    Nous retrouvons avec plaisir Pascale, André et les enfants. Il est 20 heures, nous nous installons pour la nuit. Au matin, le temps est mauvais, il pleut beaucoup. Nous utiliserons le véhicule du camping et son chauffeur Abdel Hack pour nous rendre à Marrakech faire quelques courses. L'après midi, un orage de grêle s'abat sur le camping et le courant est coupé. Il sera rétabli deux heures plus tard. Ce soir, nous dinons entre amis avec Pascale, André, Guy et Carmen et nous écouterons longtemps Guy nous conter ses voyages en Amérique du Sud. Il nous fait rêver. Maintenant, atteint par la limite d'âge et la maladie, il sait que la route s'arrêtera bientôt pour eux et ils profitent du soleil marocain avant de rejoindre, en France, un bungalow pour y passer l'été, proche de leur famille.


                                                                                                      CASCADES D'OUZOUD

    4 mars 2009

    Après avoir salué André et Pascale, Guy et Carmen, nous prenons la route dans la grisaille afin d'aller visiter les célèbres cascades d'Ouzoud distantes d'une soixantaine de kilomètres de Marrakech. Nous traversons un petit village ; c'est l'heure de l'école et la rue est encombrée d'enfants ; il faut faire très attention car cette jeunesse exubérante se lance à l'assaut de notre véhicule pour réclamer bonbons et stylos que nous distribuons avec plaisir. Leur sourire et leur joie de vivre font plaisir à voir.
    Nous sommes vite arrivés à destination et stationnons notre camion sur un parking face à la gendarmerie royale locale. Nous nous attachons les services de Mohammed, un guide habitant le village qui connaît chaque pierre de la montagne qu'il fréquente depuis sa tendre enfance. Il nous promène dans les falaises afin de profiter des meilleurs points de vue pour observer les cascades. Le soleil est revenu et la vue est impressionnante. L'eau rouge du fait des récents orages sort en quatre points de la montagne et tombe de 120 mètres dans la rivière au fond du ravin dans un bruit de cataractes. Dans un nuage de brume qui explose sur les rochers, le soleil du matin nous offre un arc en ciel irisé de toute beauté. Au fond, la rivière tumultueuse ira se jeter quelques kilomètres plus loin dans le lac de Bin el Ouidane que nous trouverons demain sur notre route.

    Mohammed attire notre attention sur des points en mouvement dans les rochers de part et d'autre de la cascade ; une colonie de singes - magot de l'Atlas - y a élu domicile. C'est la même espèce qui peuple le rocher de Gibraltar et notre célèbre montagne aux singes près de Colmar. Au loin dans la montagne, le village « mexicain » vieux de neuf siècles ; il doit son nom à l'architecture semblable aux constructions mexicaines d'après certains touristes avisés. En fait, ce village est berbère, le plus ancien de la région.

    Par les escaliers, nous descendons au deuxième niveau jusqu'à une plateforme, d'où nous pouvons admirer de plus près, le torrent d'eau dont nous essuyons quelques gerbes humides et les singes qui s'épouillent dans les arbres. Le spectacle est enchanteur. Nous remontons les marches au travers des commerces artisanaux traditionnels qui caractérisent les sites touristiques du monde entier. Nous rejoignons notre camion et avons donné rendez-vous à notre guide pour visionner sur notre ordinateur les photos que nous avons prises. Nous parlerons beaucoup avec Mohammed, marié, deux enfants ; il vivote de ce travail épisodique au service du touriste. Lucide sur son sort et celui de ses compatriotes, il nous dit se contenter de peu mais pense surtout au bonheur de ses enfants. Sensible à la qualité de son travail, il compte sur le « bouche à oreilles » pour fidéliser ses clients qui lors d'un voyage futur se souviendront de lui.

                                                                                                         EL KSIBA (sur la route de Fès)

    05 mars 2009

    Nous quittons Ouzoud sous le soleil et continuons par la petite route de montagne pour rejoindre la N8 via Afourer pour aller sur Fès. Nous passons entre deux montagnes magnifiques qui jaugent 1500 mètres. Les paysages sont sublimes sous le soleil et nous apercevons au loin les sommets enneigés du Moyen Atlas. Nous nous arrêtons souvent pour prendre des photos et donner des bonbons aux enfants que nous rencontrons. Une jeune fille fait de l'auto-stop sur le bord de la route. Nous la prenons à bord ; elle s'appelle Naïma, elle se rend à l'hôpital d'Azilal, ville située à une vingtaine de kilomètres. Ici, pas de transport en commun, uniquement les grands taxis sur les grands axes ; aussi, le stop reste souvent la seule solution pour les villageois qui désirent se rendre en ville.

    Naïma est jolie sous son foulard noir, elle a le sourire facile des marocains. Nous sympathisons vite tant elle est agréable. Elle habite un petit douar dont j'ai oublié le nom ; elle est malade et va en consultation à l'hôpital. Elle n'a pas d'emploi (chose rare ici). Nous avons échangé nos coordonnées et je garderai contact avec elle pour l'aider si besoin. Quand nous arrivons à Azilal, le marché bat son plein ; nous déposerons notre passagère face à l'hôpital. En descendant, elle me dit : « tu me téléphones ! Tu promets ? » Oui, Naïma, je te téléphonerai, je ne t'oublierai pas.

    Nous avons repris notre route qui remonte sur Afourer. Nous longeons le lac de Bin el Ouïdane encaissé dans la montagne. C'est une merveille de beauté, de calme au creux des chênes verts. Nous passons sur le barrage qui retient l'eau ; celui-ci gardé par l'armée ne peut être pris en photo. Dommage car la vue plongeante sur la rivière est admirable. Le petit camping que nous espérions en bordure de rivière est en cours d'aménagement et ne peut nous recevoir. Nous devons donc repartir sur la route qui passe dans les nuages et traversons Afourer sous la pluie qui se remet à tomber. Nous roulons maintenant sur la N8 et passons Beni-Mellal puis Kasba Tadla. Nous quittons la N8 pour nous diriger vers El Ksiba afin de rejoindre le « camping des artistes ». La route principale est en travaux, nos roulons dans la boue jusqu'à l'entrée du camping qui est fermé. Il nous faut faire encore quelques kilomètres dans la boue avant de pouvoir faire demi-tour et revenir dans El Ksiba. Il y a une place face à la « Protection civile ». Nous demandons à la gendarmerie royale et à la protection civile l'autorisation d'y passer la nuit. C'est avec beaucoup de gentillesse que ces gens nous reçoivent et nos accueillent à bras ouverts. Nous passons une nuit agréable malgré la pluie.

     

                                                                                                          AZROU

    06, 07 mars 2009

    Au matin, la pluie se calme un peu et je me rends à la Protection Civile pour les remercier ; je suis reçu par l'adjudant chef Hassan avec qui je sympathise, nous échangeons nos numéros de téléphone et je vais également remercier la Gendarmerie Royale. Reçu par l'officier, commandant la caserne, celui-ci, pensant à un problème, blêmit en me voyant , je le rassure immédiatement et c'est avec un franc sourire de soulagement qu'il m'assure avoir fait le maximum pour notre sécurité et qu'il aurait été très ennuyé en cas de problème, la France étant considérée ici comme le pays-frère par excellence. Nous quittons El Ksiba et longeons un lac immense sur notre gauche qui ne figure pas sur notre carte Michelin. Nous passons Kenifra et atteignons Azrou en milieu d'après midi. Il fait frais, la boue est partout, la promenade prévue dans la forêt de cèdres est annulée. Nous arrivons à notre camping « Amazigh » et nous nous installons sous le regard des cigognes qui ont colonisé les maisons environnantes.

    Au matin, un soleil radieux éclaire les magnifiques lys bleus qui parsèment le camping. Concert de « castagnettes » de la part des cigognes qui copulent et travaillent à l'amélioration de leurs nids. C'est la saison des amours pour ces magnifiques volatiles. Nous allons nous promener à Ifrane, la petite Suisse Marocaine comme se plaisent à la nommer les habitants du coin. Cette petite ville était, avec Mischliffen toute proche, un haut lieu du ski à l'époque du protectorat et est aujourd'hui très prisée par la bourgeoisie locale, ce qui lui donne un air cossu bien agréable sous les plaques de neige qui persistent encore.

                                                                                                               RAS EL MA - FES

    08 mars 2009

    Nous quittons le camping « Amazigh » sous un beau soleil printanier et prenons la direction de Ras el Ma, petite rivière de mon enfance marocaine où nous venions, en famille, passer des week-ends de pêche. Je n'ai plus la mémoire exacte du lieu mais la route qui nous y mène traverse la forêt de cèdres. Il y a encore de la neige sur les bas-côtés. Nous croisons des athlètes internationaux marocains en stage d'altitude à Ifrane. Ceux-ci nous saluent aimablement dont un spécialiste du 800 mètres qui nous souhaite la bienvenue. Je lui lance un vibrant « vive la Maroc », il répond par un franc « vive la France ». Nous nous arrêtons près d'un camp de vacances pour enfants de l'époque du protectorat et qui garde encore ce jour cette noble fonction. Une jeune fille qui promène sa nièce Hiba nous invite à prendre le thé dans la grande maison du gardien du centre de vacances. Elles sont trois sœurs qui nous reçoivent avec gentillesse. Autour du thé, nous discutons en toute simplicité de la vie quasi monastique qu'elles vivent ici, loin du monde au milieu de leurs chèvres, poules et canards. Curieuses, elles souhaitent visiter notre camping-car, ce que nous faisons avec beaucoup de plaisir.

    Nous cherchons un moyen d'accéder à la rivière et nous nous rendons dans un centre de pisciculture moderne qui est en bas de la côte. Un monsieur nous indique comment nous y rendre. Nous visitons le centre de pisciculture qui élève des truites car la rivière qui descend de l'Atlas est propice à ce type d'élevage. Nous remontons la montagne, repassons devant la maison du gardien de la colonie de vacances où les filles nous saluent au passage une dernière fois. A pied, nous accédons au bord de la rivière qui coule claire et en cascade parmi les cailloux de la montagne. J'entends encore les cris de mes frères et de mon papa chaque fois qu'un poisson gesticulait au bout de la ligne. Une bouffée d'émotion m'étreint le cœur à cette pensée ; c'était il y a cinquante ans.
    Par Imouzzer, nous rejoignons à Ain Chkeff notre camping « le Diamant Vert » au sud de Fès.

                                                                                                                               FES

    09, 10, 11, 12, 13, 14 mars 2009

    C'est par un chemin détrempé par les inondations récentes que nous atteignons le camping. Après notre installation, nous faisons le tour du site et nous nous renseignons sur le moyen le plus adapté pour nous rendre en ville. C'est en bus que nous découvrirons la capitale intellectuelle et religieuse du Maroc. Je n'ai qu'une hâte, être à demain pour retrouver ma ville natale.
    Au matin, le ciel est nuageux mais le soleil reviendra vite. Nous embarquons à bord du bus n° 17, véritable tombereau super bondé qui brinquebale, vibre, tremblote, couine, grince, chauffe, pue et glousse car des poules attachées par les pattes, en partance pour le souk, chicanent sur le confort des transports en commun marocains. Nous allons ainsi debout, coincés entre des fatmas « pintadantes » et des burnous en sueur, car il fait très chaud, jusqu'au terminus avenue Hassan II, ex avenue de France du temps de notre splendeur.

    L'air de l'extérieur nous rend des couleurs et après quelques instants de récupération, nous nous dirigeons vers la Gendarmerie Royale Marocaine. Notre point de repaire, la Grande Mosquée près de la place Kennedy, toute proche. Nous nous présentons à la grande porte en fer forgé qui n'a pas changé et que je reconnais du premier coup d'œil. Nous sommes accueillis très courtoisement par l'adjudant chef Driss Hacheboun, responsable des services généraux. Il m'écoute attentivement, nous souhaite la bienvenue et m'assure faire le nécessaire pour nous permettre de visiter les lieux de ma naissance. Il doit en demander l'autorisation au Lieutenant Colonel commandant la Gendarmerie actuellement en vidéoconférence avec l'Etat-major de Rabat. A son retour, il nous présente les excuses de l'officier supérieur qui ne peut pas nous recevoir personnellement mais c'est avec plaisir qu'il délègue l'adjudant Hacheboun pour cette mission. Je suis abasourdi par tant de déférence à mon endroit. Après les recommandations d'usage en matière de sécurité militaire (photo) nous suivons notre guide à travers les rues de la caserne. Bien sûr, l'ensemble a évolué mais, je reconnais tout de suite les tours de la « nouvelle caserne » avec leur disque de béton posé comme un chapeau sur les bâtiments. Puis le bâtiment sanitaire, la crèche, ensuite direction l'ancienne caserne en passant par l'atelier auto. Mon cœur bat fort en passant vers l'ancien séchoir à linge où nous jouions aux billes dans le sable avec mes frères et mes copains. Cet endroit est aujourd'hui un petit terrain de basket pour les enfants.

    Et là, devant moi, l'ancien appartement qui m'a vu naître en décembre 1947. Rien n'a changé, le petit jardinet de part et d'autre de la porte d'entrée, j'explique l'agencement des locaux à l'adjudant qui m'assure que tout est exactement comme cela. Le logement est actuellement inhabité mais les clés ne sont pas disponibles et je ne peux donc pas le visiter. J'en suis désolé. Un petit tour à l'arrière du bâtiment et je retrouve l'escalier avec les petits jardins de chaque côté où poussaient les muriers dont les feuilles nourrissaient les vers à soie que nous élevions, conservés précieusement dans une boîte à chaussures jusqu'à l'éclosion des chrysalides.

    Une photo existe, dans la maison familiale, de maman assise sur une marche avec notre grande sœur Edwige dans les bras. Le long du mur d'enceinte qui donne sur le stade, toujours existant mais transformé, il est le deuxième stade de la ville, je cherche des yeux la petite porte qui donnait dans la « rue des Sports » où nous allions, pour quelques centimes de l'époque, acheter du nougat ou des chewing gum au petit commerçant dans sa cabane à l'entrée du stade. Plus de porte, plus de cabane, plus de commerçant.

    Le bâtiment contigu au séchoir a été transformé en bar pour les gendarmes et l'adjudant Hacheboun nous y offre le thé à la menthe de bienvenue. Touchante attention ! La visite se poursuit par les locaux cynophiles, radio et le garage des motos. Les Terrot et Harley Davidson qui équipaient les gendarmes de l'époque sont remplacées par de rutilantes BMW.
    Quand j'explique que mon père était « motard » et qu'il a escorté le Sultan Mohammed V, une photo existe également dans la famille, l'adjudant Hacheboun me dit qu'une dame, l'année dernière, a fait la même démarche que moi ; elle est également née en 1946 ou 1947 dans l'ancienne caserne, son père a également escorté Mohammed V à moto ; il me dit qu'elle a beaucoup pleuré en revoyant les lieux. Il ne se souvient pas de son nom mais elle habite Toulouse. Après de chaleureux remerciements à notre hôte et l'accolade d'adieu traditionnelle, nous nous séparons. Adieu ma jeunesse !
    Grand merci à la Gendarmerie Royale de Fès pour ce moment de bonheur !

    Nous traversons la rue et prenons la direction de l'école, à côté de la mosquée. Je suis devant le portail fermé car ce sont les vacances pour les écoliers marocains ; mais c'est mon jour de chance, le concierge est présent et gentiment, m'ouvre les lieux pour la visite. La cour est la même, le bâtiment des classes n'a pas changé, mais d'autres constructions se sont ajoutées au fil du temps. Peu importe, mes souvenirs sont aussi dans ces murs. Je me souviens de la première fois où j'ai vu la neige, dans cette cour d'école ; c'était exceptionnel, la maîtresse nous a mis dehors pour en profiter ; ce fut ma première onglée ; le soir, la neige avait disparu. Merci Monsieur le concierge, vous ne vous doutez pas de la joie que vous m'avez donnée en m'ouvrant votre porte.

    Autre lieu plein de souvenirs d'enfance, le « centre sportif des cheminots » où papa, le weekend, allait de temps en temps jouer aux boules avec des copains et boire l'anisette à la buvette ; nous y avons joué parmi les arbres, avec frères et sœur. Il suffit de traverser la rue pour trouver l'entrée du parc et sa pancarte au dessus de la porte annonçant « Club Sportif des Cheminots Marocains ». Certes, les arbres ont beaucoup grandi mais tout est en place, les terrains de boules sont des allées piétonnes, les poteaux en bois supportant les grosses lampes d'éclairage sont des luminaires modernes et la buvette est un snackbar. J'ai encore en mémoire le goût des petits poissons frits et très épicés, servis avec l'apéritif que papa nous échangeait contre quelques minutes de calme, la kémia, nous en raffolions mes frères et moi. Nous avons déjeuné au snack, Jo et moi pour prolonger un peu le plaisir avant de rentrer en petit taxi rouge (une Fiat Panda délabrée) au camping « le diamant vert ».

    Ce matin, visite de la médina au programme ; Le temps est magnifique, le bus nous dépose avenue Hassan II et, à pieds nous prenons la direction de Bâb Boujloud. En passant devant le palais royal, nous y admirons la porte principale couleur or, gardée par les forces de sécurité en arme et en tenue de parade. Le Roi est en son palais. Nous longeons quelques instants le mur d'enceinte du palais avant de prendre la petite porte sur la droite qui est l'entrée du « mellah » ancien quartier juif où s'échangeait le sel ( el mellah ) dont la communauté Séfarade assurait le commerce. Nous nous assurons les services d'un guide pour déambuler dans cet entrelacs de ruelles. Un passage par le cimetière tout blanc et son quartier spécifique où sont ensevelies les victimes d'une grande épidémie de typhus du 17éme siècle.

    Nous y admirons la pierre tombale du grand Rabin Vidal décédé en l'an mille six cent. Au loin, sur la colline en face, nous apercevons l'ancienne église chrétienne et les bâtiments occupés par les français du temps du protectorat. Nous passons devant la très vieille synagogue dont un plan de réhabilitation est prévu. Un four à pain collectif reçoit les pains préparés par les familles pour la cuisson journalière. De vieilles maisons avec des balcons ouvragés rappellent la présence des Andalous chassés d'Espagne avec les arabes lors de sa reconquête du dixième siècle par les rois chrétiens. Une plaque sur une maison mentionne la présence en ces lieux de Charles de Foucault en mille huit cent quatre vingt trois, chargé de l'évangélisation de Fès, y fit « zéro » d'après notre guide.

    Nous rejoignons la porte de Boujloud et repérons le restaurant « La Noria » dans le quartier de Fès Jdid recommandé par nos copains Stéphan et Marie Luce qui y avaient apprécié la « Pastilla » servie par Abdel lors de leur voyage au Maroc. Hélas, en l'absence d'Abdel nous n'avons pas bénéficié de la qualité culinaire escomptée et n'avons pas aimé la cuisine pratiquée à la Noria malgré le charme des lieux.
    C'est, compactés dans un bus délabré que nous rejoignons le nôtre tellement plus confortable pour une nuit sous les eucalyptus et les chants d'oiseaux.

    Aujourd'hui, vendredi, une animation particulière règne en ville. L'armée, la gendarmerie royale, la garde royale, la police, les paras militaires, la Protection civile, quadrillent les abords du palais et l'avenue Hassan II. Sa Majesté Mohamed VI doit se rendre à la mosquée pour la prière hebdomadaire. Les curieux sont aimablement parqués derrière les barrières positionnées pour la circonstance le long du parcours royal, de jeunes excités sont vigoureusement remis dans le rang, l'un d'entre eux prendra une « raclée » avant d'être installé manu militari dans un véhicule de police. Le cortège royal passera à grande vitesse devant nous dans l'avenue vidée de sa circulation habituelle et nous n'apercevrons que le bras droit de sa Majesté nous saluant au passage. Nous aurons plus de chance au retour et distinguerons parfaitement le Roi dans sa Mercedes blindée noire escortée par les motards de la garde. Nous passerons le reste de l'après midi dans un cyber café afin d'y relever notre messagerie.

    Samedi, par un temps magnifique et une température de trente deux degrés, nous nous lançons dans les dédales de la médina pour la visite incontournable du plus grand souk du Maghreb. Nous marcherons de concert avec un couple de campingcaristes d'Annecy avec qui nous échangeons sur les points de visite à ne pas manquer. La Médersa Bou Inania avec sa fontaine aux ablutions et sa salle de prière interdite au public. Le quartier des tanneurs visité, bouquet de menthe sous le nez, depuis la terrasse d'un commerce de cuir. Nous profiterons de la fraîcheur des murs de l'ensemble « Nejjarine » célèbre pour sa fontaine de mosaïques et son musée de l'artisanat du bois admirablement mis en valeur grâce à la restauration remarquable d'un bâtiment servant de commissariat de police lors du protectorat. Nous aurons une vue imprenable de Fès depuis la terrasse. Le retour se fera au gré des étals des petits commerces dans la ruelle tout en montée qui traverse la médina du nord au sud. Petit taxi rouge (une 104 Peugeot en décomposition) pour rejoindre le camping.

                                                                                                             MEKNES

    15-16 mars 2009

    C'est dimanche, il fait très beau à Fès quand nous reprenons la route. Un passage au super marché afin d'y faire quelques emplettes et nous enfilons la route de Meknès. Un détour par un autre Ras el Ma qui ne me dit rien qui vaille, il n'y a pas de rivière donc je suppose que le premier site est le bon. Nous traversons d'agréables forêts d'oliviers, sous lesquels des familles marocaines piqueniquent à l'ombre en ce jour de repos. Tout est en fleurs et cette belle région maraîchère arrosée par l'oued Idida resplendie sous le soleil. Meknès est proche, annoncée par ses vignobles dont elle a fait sa spécialité. C'est dans les remparts de la ville que s'abrite notre camping, nous rejoignons ses eucalyptus centenaires dont beaucoup ont été décapités pour permettre l'accès des camping-cars, quel gâchis !

    Au matin, sous un chaud soleil, nous partons pour une promenade sous les remparts de la ville impériale. Nous passons sous le palais royal et atteignons le mausolée de « Moulay Ismaël » sultan fondateur de la ville. Ce personnage cruel aux cinq cent femmes et sept cent fils (le recensement des filles n'étant pas terminé à ce jour) a fait enfermer la ville dans quarante sept kilomètres de murailles construites par les prisonniers, portugais, espagnols et criminels marocains au 16éme siècle. Il repose ici avec son fils successeur au trône entouré de quatre horloges comtoises offertes par Louis XIV, souverain français qu'il admirait, les horloges fonctionnent toujours. Cinquante mille captifs ont galérés à la construction de la ville pour ce sultan mégalomaniaque, ils étaient les hôtes de la prison souterraine dite « des chrétiens » que nous avons visitée. Ce triste lieux n'a été découvert que très tard à l'occasion de travaux dans la ville. Il était relié par souterrains au palais gardés par une armée tenue au secret. Un pavillon dit « des ambassadeurs » permettait la réception des négociateurs étrangers venus monnayer l'échange de certains prisonniers contre rançon en or bien entendu. Un passage par la galerie de l'artisanat nous fera faire connaissance avec un sympathique commerçant, spécialiste de la promotion des arts traditionnels du Maroc dans les grandes villes Européennes dont Metz et Strasbourg, gage de sérieux s'il en est. Nous visiterons en partie le « golf royal » où sa Majesté vient régulièrement y travailler son « swing », une photo du souverain en action orne le fronton du club house. Si l'eau est un élément précieux au Maroc, ici on ne lésine pas sur l'arrosage comme le prouve la qualité du green royal.

    Nous prendrons la traditionnelle calèche pour faire le tour de la ville où les mimosas sont en fleurs. Porte après porte, le nom des quartiers récités par notre cocher défilent derrière les remparts. L'haridelle qui tracte notre carrosse, se fait régulièrement caresser la croupe à coups de gourdin afin de maintenir la cadence au milieu de la circulation automobile, surtout quand la route s'élève, le touriste n'attend pas. Notre parcours se terminera au bord du « bassin de l'Agdal » ayant servi d'abreuvoir aux douze mille chevaux du sultan Moulay Machin dont on aperçoit les écuries aux abords du palais royal.

    A pieds nous rejoindrons notre palais résidentiel d'été « Moulay Totor »sous les frondaisons aux abords des latrines du camping municipal de Meknès.

                                                                                                                VOLUBILIS

    17 mars 2009

    Sur la route de Souk el Arbaa, quelques kilomètres après Meknès et proche de « Moulay Idriss » fondateur de la ville de Fès, se trouve le site romain de Volubilis. Il nous faut peu de temps pour y accéder, un vent soutenu balaie les lieux et un soleil d'été radieux éclaire les pierres millénaires. Sur une quarantaine d'hectares gisent ici les restes d'une civilisation à jamais disparue mais dont le génie de la construction et de l'organisation sont intactes. Construite sur une colline, cette petite ville dominait la plaine agricole du Cherarda au nord de Meknès. Elle était organisée autour de son axe principal le « décumanus maximus » route dallée reliant les portes nord et sud dont existe encore celle du nord. De chaque côté de la porte prévue pour le passage des chars deux plus petites permettaient le passage des piétons. La rangée de colonnes et les arcades encore debout et bordant cette route permettent d'imaginer la grande allée commerciale qu'elle était à l'époque et l'animation qui devait y régner. L'arc de triomphe dit de « Caracalla » également debout marquait le centre de la ville une rue transversale permettait de relier les portes est et ouest dont il ne reste rien aujourd'hui. Les thermes et le temple sont encore en partie debout et partout les ruines des grandes maisons de maître ou de magasins laissent apparaître des mosaïques représentant des scènes mythiques tels les douze travaux d'Hercule ou les quatre saisons. Le lupanar a été localisé derrière le temple, grâce à la présence d'un vit de bonne taille, sculpté dans la pierre qui devait orner le fronton du bâtiment. Des travaux de sauvegarde du site avaient été commencés mais, faute de moyens ils sont abandonnés depuis longtemps et le temps faisant son œuvre on peut envisager la disparition définitive de ce site historique.

                                                                                                               MOULAY BOUSLEM


    18 mars 2009

    Après une nuit passée dans un petit camping qui domine la vallée au sud de Moulay Idriss, nous nous dirigeons vers Moulay Bouslem, plage de l'atlantique au sud de Larache où nous avons passé en famille des heures merveilleuses. Mais avant, notre route repassera par Souk el Arbaa où je tiens à renouveler ma demande de visite à la Gendarmerie Royale. Nous retrouverons notre place face à la Protection Civile et notre ami El Kourchi Ettouri, fidele au poste. Nous nous retrouvons avec plaisir et nous laissons notre camion sous sa garde. Les Gendarmes me reconnaissent et je n'ai pas besoin de reformuler ma demande, ils savent ce que je désire. On me souhaite la bienvenue, on m'assure tout faire pour me faciliter l'accès des lieux, on me propose d'attendre à l'ombre que le sous officier revienne avec l'autorisation du capitaine qui ne fait aucun doute.

    Un homme en détresse est allongé au sol de l'autre côté de la rue. Devant l'indifférence générale je vais alerter les gendarmes qui de leur place essaient d'attirer l'attention de la Protection civile. Finalement, l'un d'eux finira par se déplacer et transporter avec l'aide d'un passant la personne jusqu'à la terrasse du café en face abandonnant celui-ci à son sort. Puis on me propose d'attendre également à la terrasse du café d'en face que le capitaine revienne il est actuellement absent. Egalement abandonné à mon sort, après un quart d'heure d'attente je vois s'éclipser mes interlocuteurs et je comprends qu'on me mène en bateau. Aussi je vais saluer le planton en lui faisant remarquer qu'il est plus facile d'avoir à faire à la grande Gendarmerie Royale de Fès qu'à la petite gendarmerie de Souk el Arbaa et qu'il adresse mes salutations au capitaine. Un peu à l'étroit dans son treillis celui-ci m'assurera faire la commission. Nous faisons nos adieux à la Protection civile et mettons le cap sur Moulay Bouslem.
    Par une route défoncée nous mettrons deux heures pour effectuer les quarante quatre kilomètres qui séparent Souk el Arbaa de Moulay Bouslem. Un grand taxi qui nous croise à grande vitesse propulse un caillou qui explose notre phare avant gauche. Nous stationnons Totor dans le grand camping « flamand » et passerons une nuit au calme malgré les moustiques qui nous harcèlent.

    Dans mon souvenir, Moulay Bouslem n'était qu'une petite plage avec deux maisons en ruine s'enfonçant dans le sable et deux carcasses de bateaux échouées sur les rochers. Ce que j'ai sous les yeux est une ville de plusieurs milliers d'habitants avec un front de mer construit sur plusieurs kilomètres. Une immense lagune interdit l'accès à la plage, il faut traverser la ville pour y accéder. Un port de pêche existe et de nombreux bateaux y sont amarrés. Le touriste y est recherché pour une promenade dans la lagune afin d'y admirer les oiseaux. Nous irons à pieds jusqu'à la plage où, à part le ciel, je ne reconnais rien. Les rochers qui se découvrent avec la marée basse de l'après midi ressemblent bien un peu à ceux de mon enfance, mais qu'est ce qui ressemble le plus à un rocher qu'un autre rocher ? Nous y récoltions de grosses moules avec mon père, mes frères et ma sœur. Nous faisions la route avec la « Traction Citroën » noire, un gros sac plein dans le coffre. De retour à la maison, maman les cuisinait et nous n'attendions pas d'être à table pour les déguster. J'ai bien cherché sur les rochers, de moules point mais de grosses coquilles vides présentes prouvent leur existence, ici aussi l'écosystème a évolué en cinquante années. Nous irons nous attabler à la terrasse d'un restaurant face à la lagune pour y déguster une friture de poissons, on nous y servira même du vin (de la piquette) caché dans un papier journal chose rare en pays islamique.

    Demain, nous reprendrons la route vers Sebta, terminus de notre voyage au Maroc. C'est avec beaucoup de tristesse que nous quittons ce pays magique et son peuple si attachant. Jo en a les larmes aux yeux.

    Moi, le cœur serré, j'y laisse un peu de ma vie.
    Vie que nous évoquerons, encore une fois dès notre retour en France, en famille, afin d'entretenir cette flamme qui brille chaque fois que nous en parlons.
    Vie de bonheur et d'insouciance, il ne manquera que le souffle de notre père pour raviver cette flamme qu'il a allumée le jour où il a rencontré maman et qui a donné ce foyer où nous nous chauffions le cœur.
    Ce soir, je pense à lui.


  • Commentaires

    1
    un client de Aglou P
    Samedi 11 Avril 2009 à 18:32
    ?ropos de Aglou Plage et surtout de Mohamed, il ne faut pas avoir de remords, il le fait avec tout le monde de demander des v?s pour ses enfants, personellement je lui ramen?p?alement de France et lui ai donn?n v? pour son fils mais quelques temps apr?j'ai appris qu'il l'avait vendu. Il est certainement gentil mais il profit de sa position de gardien de jour pour faire du trafic et de l'argent, il a d? ? averti par ses patrons "celui d'Atlantica Prck et de Sidi Ifni" mais il recommence, il risque d'avoir des probl?s et de perdre sa place, dommage....
    2
    bimu
    Jeudi 17 Juin 2010 à 22:07
    tres beau voyage je pense la meme chose que vous sur le maroc c est un pay magnifique ilest au fond de mon coeur je ne l oublirai jamais mais j i reviendrai merci a vous
    3
    bimu
    Jeudi 17 Juin 2010 à 22:07
    tres beau voyage je pense la meme chose que vous sur le maroc c est un pay magnifique ilest au fond de mon coeur je ne l oublirai jamais mais j i reviendrai merci a vous
    4
    ricardo
    Jeudi 17 Février 2011 à 23:17
    ben monsieur vous etes un poete !!!!!! votre recit donne vraiment envie d'y aller ....merçi
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